Imaginaires

Entre la vie quotidienne et la recherche, il y a de la place, heureusement, pour inventer des situations, des personnes, des solutions, basculer dans l’anticipation ou le passé, bref, faire ce qu’on veut.

Certains textes ont été édités, d’autres vivront en ligne. Certains sont de pures imaginations, d’autres sont des éléments du réel, sous forme de récit.

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  • L’Embarquement pour Cythère 64

    Où l’on revoit Me Plock
    Ce fut Camille qui les trouva le lendemain.
    Elle allait « remonter le moral des troupes » et, après avoir sonné, elle tourna la poignée de la porte du perron, appelant « hou, hou » pour s’annoncer, et pénétra jusque dans le jardin d’hiver : la glace, trop lourde pour être déplacée par eux seuls, avait dû basculer. L’immense miroir était tombé et cassé, et, au milieu de mille morceaux, menus débris, poussières de verre, bouts de traverses de bois vermoulues, il y (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 63

    63. La Chèvre de M. Seguin.
    Elle crie dans l’entrée, comme toujours. Yves. Yves. Tu ne veux pas venir m’aider, je voudrais ENFIN déplacer cette foutue glace sur l’autre mur. J’en ai marre de toujours m’apercevoir de biais quand j’entre dans le jardin d’hiver.
    Je crie à mon tour, oui, Lili, je descends, ma chérie, je descends, mais avant, je finis une fiche sur La Chèvre de M. Seguin.
    Je la lui raconterai en poussant la glace, un conte dans les reflets, entre les ors sourds du cadre, (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 62

    62. Le Retour du Roi
    La collection du Miroir d’Argenteuil, journal édité par Lili et Yves Portier, va partir chez Me Plock, solennellement, en recommandé et accusé de réception. Ah ah, du solide, du sérieux, des dates. L’exil du roi ou La Double Imposture, récit, suite et fin : le roi est dans sa chambre, ornée de grands tableaux des collections royales. À droite, La Reddition de Breda lui rappelle que le monde lui est soumis, c’est lui à qui cet échevin courbé remet les clés, à gauche, le (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 61

    61. Orage
    Lili déboule dans ma chambre : elle tient mes feuillets, pratiquement tout le tas depuis le n°26, que j’ai laissés tout à l’heure dans le jardin d’hiver. Qu’est ce que c’est que ce foutoir et ce tas de notes ? Tu ne vas pas envoyer ces contes de fées à Me Plock ? Et ce vieux bout de lettre ? - elle brandit la feuille déchirée et le carnet - Et ce carnet ? C’était à Papa ! Où est-ce que tu as trouvé ça ? Et ces recettes de cuisine ? Tu mériterais que je te les fasse bouffer. Je (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 60

    60. Dix-neuvième note pour Me Plock : Blanc d’orgeat, toujours
    Le soir tombe. Couché à plat ventre sur le tapis, les bras sur la tête. Je me roulerais d’abord dans ta salive, dans ta bouche, moi, armature abandonnée, réduit, écrasé sous tes dents, brisé, désarticulé, et commencerait la montée de cette jouissance, cette lente descension dans ton corps, insinué, épars, parcellisé dans les grandes ténèbres de la reine, mêlé de salive, de suc, liquéfié, miscible, intime, liquide texture au (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 59

    59. Sirènes
    Que c’était encombré tout ça, intermittent, bleu marine, bleu clair, des voix, des chaussures bien cirées, du blanc, tissu blanc, coton blanc, la tente d’Achille sous les murs de Troie, tôle rouge, froissée et gluante, photographes, percepteurs, infirmières, Teresa, Camille, et même cet abruti de Daniel, figurants en langues étrangères, bastions, sacs de sable, des sourires, des larmes, des sous-entendus, des faux-airs, l’air d’avoir fait une découverte, mis le doigt dessus, (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 58

    58. Dix-huitième note pour Me Plock : Un autre projet
    Aujourd’hui - c’est toujours l’été, comme dans le projet précédent, d’ailleurs c’est l’été que se passent les départs - la brigade fluviale de Rueil-Malmaison repêche un noyé de sexe masculin, vêtu de blanc, sauf les chaussettes noires, un inspecteur fait les poches du mort où tout est très en ordre, quoique détrempé, où il y a beaucoup d’argent liquide - mot d’un goût ici douteux - cinquante mille euros en billets de cent, sa carte (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 57

    57. Forêts pour Me Plock
    Un arbre, a dit Me Plock. Généalogique. Arbre, arbre. Quel mot dur et fatiguant, on dirait qu’on broute, qu’on est à Villeneuve, sous le hangar, en train de broyer des betteraves dans le vieux moulin à bras que Ludovine appelait « le coupe-racines ». Intéressant mot pour une généalogie. Plaisanterie nulle.
    Un arbre allemand, mal venu, rabougri.
    Un arbre cubain, des arbres cubains, forêt de carton dressée sur les planches d’un théâtre exotique qui résonne quand (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 56

    56. Dix-septième note pour Me Plock : Un projet
    En route pour Paris-Nord, coques de cheveux, barrettes en plastique fluo, les sièges voisins sont occupés par trois filles, alors tu sais ce qu’il m’a dit, non c’est pas vrai, ouaa, si, tu vois sa tête, ah ah ah ah, relou, et le prof qu’est-ce qu’il disait, il voyait ou il voyait pas, il voyait rien, ouaaaaah, elles mettent les pieds sur les banquettes, il les tue dix fois chacune, faisant voler les cheveux et les sacs à dos brillants dans (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 55

    55. Blanc purée
    À la télé, il y a des années, quand j’étais très petit, une Bête en costume Louis XIII s’attristait à sa table. Survient une princesse, regardez, la Bête, cette purée que je vous ai préparée avec amour, et la purée Mousseline opère, le Prince et la Princesse valsent devant la cheminée, mais ici non, rien ne se transforme, je ne joue plus, Iphigénie est une pièce pleine de devoirs. Je dis adieu aux Comédiens d’Argenteuil, quitte à faire pleurer Camille
    Mais enfin, il faut (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 54

    54. Fort Sainte-Inès III
    Et celui que tu aimes, oui, Octavio, Octavio condamné à mourir ou à vivre au Fort Sainte-Inès, ce corps qui sue et se liquéfie, se fond dans les draps blancs, disparaît en laissant de la souillure enfantine, incapable de retenir ses intestins, sa vessie, baignant dans ce qu’il ne veut pas savoir de son corps, évasion, évacuation, de ce qu’il a toujours entendu désigner comme sale, on lui a toujours dit retiens-toi, eh bien non, il ne se retient plus et c’est (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 53

    53. L’Agneau à deux têtes
    Des petits garçons avec des écharpes rouges, des écharpes à carreaux, des bonnets, attendent sur le perron, devant le Muséum, gants de laine mouillés après les boules de neige.
    Yves passe, derrière une dame et un petit garçon qu’elle appelle Jacques, ils entrent dans la Grande Galerie de Paléontologie. S’y tiennent les squelettes blancs, aérés, rangés et serrés, hiver au Muséum, la cire a dû être passée et les vitres des vitrines récemment lavées. Tu vas voir, (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 52

    52. Sans titre (Carnet de Papa)
    Je recule de quelques pas pour juger de l’accrochage de la lumière, de la netteté du contour, de la matière lisse et parfaite, beaucoup trop lisse et trop parfaite pour oser jamais y toucher, moi bien verni dans un coin du tableau, en petit singe, qui, puisqu’il est peint, n’a même pas droit à un cacahuète. Quelques pas en arrière, pour m’ajuster dans le coin droit de la glace en pied, sorte de paradis cadré et doré, avec son palmier vert, attendant la (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 51

    51. Tambours
    Dehors les bruits assourdis de l’après-midi, les cris des mouettes réfugiées sur la Seine, les sirènes des péniches, les trains sur le viaduc, de temps en temps le fracas prolongé des tôles de la casse de bagnoles près de la gare, signe de froid, signe de vent du Nord, le vent qui vient du front, les freins du feu rouge, le moteur très proche d’un remorqueur, faut pas pleurer, mon beau garçon, très loin, dans le soir d’un été, le père secoue Hector par le bras, les péniches, (…)

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  • L’Embarquement pour Cythère 50

    50. Noir, Impair et Passe
    À minuit, les fenêtres des HLM, dans les quartiers, brillent encore, c’est vendredi et dans les sautes de luminosité, je me demande qui regarde encore, sur les écrans restreints d’Arte, Les Dames du Bois de Boulogne qui se figent : le visage fardé et sucré de l’ami se penche vers Maria Casarès dans le demi-éclairage de la voiture, plan américain, « Il n’y a pas d’amour, Hélène, il n’y a que des preuves d’amour ». Julia et Paul doivent être sur leur canapé Habitat (…)

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