Chroniques

Cette rubrique abrite un fouillis d’impressions, d’époques diverses, sur tout et n’importe quoi, l’actualité, un film, un paysage, une pièce de théâtre, un concert, un petit voyage, un article qui m’a plu, etc. Ni thème précis, ni régularité. Juste l’envie de mettre en forme une impression fugitive ou persistante.
Toutefois, deux séries de textes forment des ensembles.

1. Vingt « Chroniques », la première étant datée du 18 décembre 2016 au 14 juin 2017, sont consacrées à l’histoire de mon arrière-grand-père, Victor Puiseux (1820-1883). Cette série est regroupée en un PDF unique, de lecture plus aisée, dans la Bibliographie générale de la rubrique Recherche sous le titre Une biographie de Victor Puiseux (1820-1883). Les rectifications insérées au fil des jours, heureusement assez peu nombreuses, n’ont pa pu être introduites dans la partie PDF.

2. Une guerre mondiale et une pandémie.
Un autre ensemble est constitué par les chroniques que j’ai faites au printemps 2020, en racontant, en parallèle, mes impressions sur les deux crises mondiales que j’ai traversées à quatre-vingts ans d’intervalle :
— le printemps de 1940 avec la montée des évènements qui ont conduit à l’invasion et l’armistice de juillet 1940,
— et le confinement imposé pour raisons sanitaires au printemps 2020 : on peut se rendre à la première de ces chroniques en cliquant ici.. La série se compose de 60 textes, les 50 premiers sous-titrés Chroniques d’un printemps, et les 10 suivants sous-titrés Le Joli Mai, intitulés évidemment empruntées au cinéma.

2020

  • Restez chez vous Chronique d’un printemps 3

    I. Paris, 17 mars 2020
    1. Restez chez vous
    Hier, discours d’Emmanuel Macron à 20 heures, capté sur LCI. Je regrette qu’il ait évité le mot CONFINEMENT, tout en le décrivant, mot que chacun a prononcé ensuite à sa place. J’espère que les Français, si volontiers hâbleurs et contestataires, dont il a d’ailleurs stigmatisé les agissements coupables de la veille, n’interprètent les termes du début de son discours comme des permissions d’aller courir en solitaire sur le trottoir (les parcs sont fermés) : si (...)

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  • « Mais qui a parlé de deux mois ? » Chronique d’un printemps 17

    Paris, mardi 31 mars 2020
    Ce matin, à France-Inter, l’économiste Esther Duflo, Professeur au Collège de France et Prix Nobel d’économie, depuis Washington où il était deux heures du matin, a, à sa manière douce, sonné le tocsin. Sur la gravité immense de la crise, ses étages, ses profondeurs, son temps indéterminé et ses conséquences incalculables. Lorsque Nicolas Demorand, en son nom ou en celui d’un auditeur, lui a demandé dans quel état on sortirait au bout de deux mois de confinement, elle lui a fait (...)

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  • Le savon dissout les graisses Chronique d’un printemps 16

    Paris, lundi 30 mars 2020
    Ce matin, les journalistes de France Inter avaient changé de ton auprès de leurs invités, ils étaient moins arrogants, moins désireux de les pousser à la faute ou à la petite phrase. Il faut dire qu’ils ont eu affaire d’abord à Daniel Cohn-Bendit, comme toujours clair, plein de bon sens, et rapide. Il a fort bien expliqué les différences des prises de décision dans une structure fédérale (les Länder allemands, gérés par des coalitions) et le centralisme français, qui favorise (...)

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  • Le temps d’une île déserte Chronique d’un printemps 15

    Paris, dimanche 29 mars 2020
    Hier, la conférence de presse d’Édouard Philippe, avec trois professeurs de médecine et le ministre de la santé, était explicative, détaillée, et ouvrait un temps long, le confinement, le post confinement, l’éventuelle seconde vague. Le temps est aux certitudes impossibles. Le discours, les mots, le ton d’Édouard Philippe et de ses intervenants ont été du genre « de la sueur et des larmes » de Churchill. Les petits esprits français critiquent, chipotent, bien sûr... ils (...)

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  • France/Italie Chronique d’un printemps 14

    Paris, samedi 28 mars 2020
    Les sales passions françaises, râler, resquiller, accuser, tout mieux savoir que les autres, battent leur plein et c’est insupportable. Tout le monde est expert, chacun aurait commandé des masques en décembre et fait des tests en janvier. Une personne surnage, par son affabilité souriante, son expérience, pas ramenarde pour deux sous, c’est Roselyne Bachelot, dont les râleurs avaient tant ri au moment de la grippe H1N1 pour sa prévoyance jugée alors grotesque.
    J’avais (...)

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  • Pause Chronique d’un printemps 13

    Paris, vendredi 27 mars 2020
    Aujourd’hui, je décide de faire un jour de pause, je suis saturée des nouvelles de la pandémie, saturée des stations de radio, saturée des conseils aux confinés. Hier soir, à la télé, l’installation de morgues de secours en plein dans les rues sales et étroites de New-York, m’a achevée, pendant que le Dow Jones artificiellement dopé par les milliards sur ordre de Trump, avait l’indécence de « monter ».
    Dans les infos de ce matin - ces bribes qu’on ne réentend pas dans la (...)

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  • Demain, demain Chronique d’un printemps 12

    Paris, jeudi 26 mars 2020
    Hier après midi - 14 h 32 - , j’ouvre mon ordi, et j’ai vu dans ma boîte de réception des messages autorisés, trois messages de couleur beigeasse, autrement dit des indésirables, tranquillement installés. J’essaie de les mettre à la poubelle. Non, refus, une fois, deux fois, trois fois, affichage d’un panneau péremptoire, en anglais, me parlant d’internat error, d’INBOXTRASH, Refer to Server log etc.. enfin quelque chose de pas catholique du tout.
    Essais multiples. En vain. (...)

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  • « Qu’est-ce en effet que le temps ? » Chronique d’un printemps 11

    Paris, mercredi 25 mars 2020
    Trump choisit ouvertement de sacrifier les hommes à l’économie. Le remède du confinement est pire que le mal, dit-il, de sa voix gluante, en jetant des milliers de milliards dans le marché pour le faire remonter artificiellement, tout en fermant plus encore, si c’est possible, sa frontière aux migrants en provenance du Mexique.
    On piétine dans les chiffres, les décisions prises ou à prendre. Les J.O. sont reportés et s’appelleront J.O. 2020 en 2021.
    Déjà, le temps est (...)

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  • Œufs Soubise Chronique d’un printemps 10

    Blandans, 24 mars, Dimanche de Pâques 1940
    Pâques, les cloches sont revenues de Rome. Celle de l’église de Domblans a un très beau son, assez enthousiasmant, avec de riches résonances et en même temps, une manière joyeuse de diffuser dans l’espace. À l’église, quel qu’ait été le temps - dont je me souviens pas du tout -, les dames du village avaient dû sortir leurs chapeaux d’été, chapeaux de paille remplaçant les feutres de l’hiver. Le pain bénit qu’on passe dans des petites corbeilles au moment de (...)

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  • Errare humanum est ! Chronique d’un printemps 9

    Blandans, samedi 23 mars 1940
    Réflexion d’entrée, datée de 2020 : ce que j’ai décrit hier, le lessivage de l’église, est arrivé aujourd’hui seulement ! Quelle erreur de mémoire... hier, vendredi saint, on n’a pas lessivé du tout, on est allé à l’église dans le début de l’après midi pour une cérémonie, Le chemin de croix. Le curé a fait le tour de l’intérieur de l’église, en s’arrêtant devant chacun des 14 petits tableaux illustrant les 14 étapes de la Passion, de la Condamnation à mort à la Mise au tombeau, à (...)

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  • Lessivage et tentation Chronique d’un printemps 8

    Paris, dimanche 22 mars 2020
    Une réaction au confinement dans mon entourage, son auteur se pense victime de mesures liberticides, dans des termes cinglés. Les gens sont fragiles.
    Je penche nettement du côté des médecins qui demandent au Conseil d’État de pousser le gouvernement à durcir encore le confinement puisque pour l’instant, c’est la seule chose qu’on ait su faire (cf Wuhan). Et la seule mesure capable de réguler un peu le flux des malades gravissimes à l’hôpital. Car la forme grave est (...)

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  • « Autant que nécessaire » Chronique d’un printemps 7

    Je change l’ordre du titre et du sous-titre, pour éviter la monotonie, qui est l’un des dangers de la période. Une fausse monotonie, car il se passe mille et mille choses.
    Paris, 21 mars 2020
    « Aujourd’hui, et c’est nouveau et n’a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale » qui permet de suspendre ces règles, a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée sur Twitter. « Elle permettra aux gouvernements d’injecter dans l’économie autant que nécessaire » Ainsi s’est exprimée hier (...)

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  • Restez chez vous Chronique d’un printemps 6

    Paris, 20 mars 2020
    On s’enfonce un peu dans la mélasse, les Français resquillent et râlent, les politiques font ce qu’ils peuvent, les hospitaliers aussi, le virus s’active. Les émissions de radio sont regroupées, France culture et France inter, pour traiter de l’actualité. On apprend à chaque heure la fermeture et le confinement de pays d’Amérique latin ou d’Afrique.
    Pas une nouvelle de Russie, mais alors pas une. Vladimir Poutine a le premier prix de mutisme.
    Les bobards, fake-news et autres (...)

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  • « Masques et bergamasques » Chronique d’un printemps 5

    Blandans, 19 mars 1940
    Aujourd’hui, c’est la Saint-Joseph. Les deux années dernières, nous sommes allées toutes les six (Bonne-maman Maman, Tante Paulette, Paulette, Claudine et moi) dans la Citroën 11 CV familiale, ce même jour, chez les Petites sœurs des pauvres à Lons-le-Saunier. C’est la fête de leur saint patron et ce jour-là, elles servent un repas de gala aux pauvres qu’elles accueillent, hospice à l’ancienne, grandes salles sinistres avec de hautes fenêtres, vieux très déglingués par la vie, (...)

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  • « L’enfer, c’est les autres » Chronique d’un printemps 4

    Paris, 18 mars 2020
    La bêtise humaine n’ayant pas de fond, je me demande aujourd’hui si je vais en tenir la chronique ? L’avidité stupide et l’égoïsme ruisselant qu’on voyait dans les magasins doivent se poursuivre aujourd’hui, et je redoute le jour prochain où je devrai aller renouveler mes quelques provisions, au milieu de loups emmitouflés et masqués (où trouvent-ils les masques, mystère ) et pourvus d’ un cerveau de mouton de Panurge. Acheter 20 baguettes pour les surgeler... acheter 20 boîtes de (...)

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  • Le jour d’avant ? Chronique d’un printemps 2

    16 mars 1940
    Quoi de neuf en mars 1940 ? Bof, pour moi, rien de précis. La famille, dont j’ai constaté plus tard combien elle était réactionnaire à cette époque, doit se moquer, sans les lire, des articles de Geneviève Tabouis(1892-1985), une journaliste intelligente, spécialiste de politique étrangère, et qui, depuis l’arrivée d’Hitler au pouvoir, en dénonçait les dangers terrifiants et les craintes d’une invasion. Elle écrivait dans L’Œuvre , mais à la maison, hélas, à l’époque, on avait des journaux de (...)

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  • Chronique d’un printemps 1

    Un projet : le printemps 1940
    J’avais l’intention, il y quelques semaines, de faire une chronique de mes propres souvenirs du printemps de 1940, avec mon récit de l’exode, vu avec mes yeux de sept ans. Tout l’hiver, j’avais ressenti l’attention inquiète des grandes personnes pendant l’heure des repas où on écoutait « les nouvelles » qui sortaient d’un « poste de TSF » assez monumental, en bois de noyer, je pense, dont la façade était ornée d’une lyre découpée ; derrière la lyre, le poste était garni (...)

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  • Une architecture immatérielle et en mouvement Le Temps et la Musique

    Du Ier au 29 février, j’ai assisté à 7 concerts, 6 au Théâtre des Champs-Élysées, 1 à la Philharmonie : c’est dire la place de l’espace sonore dans ma vie pendant ce mois.
    Je n’ai pas de plus grand plaisir dans la vie, que d’être dans une bonne salle de concert ou d’opéra, devant un orchestre, et d’être entourée et emportée par les sons : je regarde intensément les musiciens, solistes, chef, choeur etc. en train de recréer manuellement, devant moi, les harmonies d’une musique composée par un de mes auteurs (...)

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  • La terreur et le cinéma (suite)

    Je soutiens Polanski et l’équipe de J’accuse, je renvoie à mes articles précédents. Comme eux, je boycotte absolument la cérémonie des Césars et je trouve honteux les chasseurs qui courent après Polanski. On verra demain les décisions prises. En attendant, le ministre de la culture continue d’être lamentable.

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  • Drôle de « Monde » !

    Le journal Le Monde affiche, depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, un anti-macronisme hurlant. L’affaire des élections parisiennes en est une illustration supplémentaire. Titre de ce matin sur la toile : Le « séisme politique » de l’affaire Griveaux atteint Macron. Comme si l’affaire était là. Comme si on n’assistait pas à un évènement en France de bien plus vaste portée, celui du débordement direct, étouffant, mortel, des égouts que sont les réseaux sociaux dans la vie (...)

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  • Drôle de monde

    Les Balkany sont ensemble pour la saint-Valentin, dans leur moulin de Giverny : lui dans son pull cachemire comparait hier, sur une TV d’infos, les mérites des chambres de l’hôpital Cochin et de la prison de la Santé, - dans cette dernière, au moins, disait-il, on peut ouvrir les fenêtres - . Personnellement, je préfère Cochin. Je n’ai pas besoin d’un procès pour blanchiment aggravé de fraude fiscale et prise illégale d’intérêt pour y aller.
    Une fois de plus, le monde du cinéma se ridiculise, au moins (...)

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  • Sombre début pour les Années Vingt

    Le Fascisme en France, brut de décoffrage
    Trois agressions entre hier vendredi et ce matin samedi révèlent l’atmosphère parfaitement fasciste qui règne depuis l’année passée dans le pays, depuis la crise des gilets jaunes prolongée en crise de la réforme des retraites : l’attaque du siège de la CFDT, parce que ce syndicat est désireux de peser sur les réformes en participant par la discussion à l’élaboration des textes. l’attaque des Bouffes du Nord, sous le prétexte que le Président de la République (...)

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2019

  • Le nucléaire. Un goût de revenez-y ? Un exercice mental

    Ces temps-ci, je ne sors pas, les grèves me bloquent chez moi. Ces grèves de transports, je les déplore, ainsi que les attitudes et le vocabulaire buté (« on lâche rien ») des opposants à la réforme des retraites. Paris est transformé en un agglomérat de petits quartiers moroses, sauf à être en pleine forme et à faire de kilomètres à pied.
    Privée de mes visites chez mes amis, privée de mes distractions extérieures, théâtre annulé, concert décommandé, je lis beaucoup (en ce moment Paradis du Nouveau Monde, (...)

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  • Christian Boltanski, Francis Bacon Centre Pompidou, par temps de grève et de pluie

    Je venais juste de finir le terrible ouvrage de Steve Sem-Sandberg, Les Dépossédés, sur la vie et la mort dans le ghetto de Lodz entre avril 1940 et mai 1945. Le rappel de ces temps si proches et effroyables rend le présent forcément léger - la pluie, les grèves - , et en même temps, si profondément décousu et irritant, charriant ses hargnes et son égoïsme, que l’art se chargera de penser et retravailler.
    Après m’être assurée sur le site RATP manifs que le bus 21 marchait, je suis partie, mercredi 11 (...)

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  • Le Greco Paris, Grand Palais, jusqu’au 10 février 2020

    Au dehors, les conditions pour visiter l’expo semblaient prometteuses, personne, ce lundi 2 décembre 2019 vers 14 h., dans les allées métalliques qui permettent d’accéder à la porte H du Grand Palais. Ni dans les allées coupe-file ni dans les autres allées.
    Une fois que je suis arrivée, par le pénible grand escalier, dans les salles assez exiguës où sont présentées plus de 70 œuvres du peintre, ce fut une autre affaire, c’était bourré, genre wagon de métro de la ligne 13. Des gens plutôt âgés, pas mal de (...)

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  • « J’accuse », un film de Roman Polanski, 2019 3. L’homme et l’œuvre, un très faux problème

    Tournant dangereux
    Je commence à en avoir marre de ce faux problème de « L’homme et l’œuvre », qu’on sort partout en ce moment et qui, avec un faux air intellectuel, sert de gourdin pour assommer J’accuse.
    Quand j’ai mis sur pied mon séminaire d’analyse de film en 1978, le problème de l’homme et l’œuvre si bien brandi dans la nouvelle affaire Polanski n’existait tout simplement pas : la sémiotique et le structuralisme dominaient absolument depuis les années Cinquante et suivantes, la vie privée de l’auteur (...)

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  • « J’accuse », un film de Roman Polanski, 2019 2. Affaire sur affaire : où je me situe

    Une fois encore, mon cher Alfred, c’est mal barré
    Un gros champignon atomique à propos de J’accuse envahit les radios, journaux et télés. Bref, on a totalement détourné et baillonné le film. On a ressorti l’affaire Polanski et on tourne vivement la sauce, vieille de plus de quarante ans, avec le concours des féministes et des membres du gouvernement, hélas, qui feraient nettement mieux de se taire (Schiappa, Riester).
    Devant la déferlante, j’ai intérêt à écrire en vitesse, sinon, grenouille coassant (...)

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  • « J’accuse », un film de Roman Polanski, 2019 1. Le film

    Un film sérieux, beau et triste
    J’ai tenu un séminaire d’analyse de film pendant plus de vingt ans (1978-2001), j’en rappelle le B.A, BA : on ne parle pas d’un film sans l’avoir vu. Aussi, après mon récent écœurementdevant les menéers féministes au Champo pour empêcher la projection, je suis allée voir J’accuse, malgré une pluie battante et froide sous laquelle il fallait patauger entre Edgar-Quinet et Les Sept Parnassiens. Aujourd’hui, je parle du film, Lion d’Argent à Venise. Dans la chronique (...)

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  • La terreur et le cinéma Censure sauvage de « J’accuse »

    Honteuse manifestation hier soir, d’une petite foule « féministe » (?) devant le Champo qui avait programmé, le 12 novembre, une avant-première de J’accuse , le dernier film de Roman Polanski. Une petite foule qui a réussi à faire annuler la projection. Je suis désolée de dire à ces personnes que leur attitude pue.
    Ça pue la censure.
    On laisse les spectateurs voir. Après, on peut parler.
    On ne gueule pas « avant », on n’empêche pas un film de sortir. Point.
    Je suis trop inquiète, trop scandalisée, ce (...)

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  • Le XXIe siècle : Edward Snowden, « Mémoires vives ».

    Une histoire de notre temps
    On sait qu’Edward J. Snowden est cet Américain qui a fait connaître au monde entier les pratiques d’enregistrement systématique et permanent de la Central Intelligence Agency (CIA ) et la National Security Agency (NSA) - où il a travaillé sept ans - dans le domaine de la surveillance mondiale.
    J’ai déjà parlé de Snowden, lors de la sortie du documentaire Citizenfour, tourné en 2013 à Hong Kong par Laura Poitras. La cinéaste présentait alors au monde ce jeune Américain (...)

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  • Le XXe siècle : Hans Hartung

    Un espace magnifique
    Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris rouvre ses portes après la rénovation de ses beaux espaces, repeints, redessinés en partie et dont la beauté très pure suffirait, même vides, à valoir la visite. Du 11 octobre 2019 au 1er mars 2020, ils accueillent Hans Hartung (1904-1989), avec environ 300 œuvres de ce peintre abstrait, énergique et puissant et dont je n’ai découvert qu’après coup la vie très attachante. L’exposition est titrée, « La fabrique du geste, Hans Hartung ». (...)

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  • Le XXe siècle : Charlotte Perriand à la Fondation Louis Vuitton

    La Fondation Louis Vuitton met à l’honneur Charlotte Perriand, cette femme aux multiples talents, architecte, photographe, créatrice et décoratrice (on dit « designer » à présent), sous le titre Le monde nouveau de Charlotte Perriand. Née en 1903, morte en 1999, elle a occupé tout le siècle et a mis à profit le coup de balai géant que la Première guerre mondiale a provoqué dans les arts, la mode, la société, le monde.
    Un espace bien connu, presque intime
    Mon point de vue est très lié à mon histoire (...)

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  • Petit essai d’archéologie Dédié à ma sœur Paule/Paulette/Pitou

    Le mardi 10 septembre 2019, à 14 h 30, les enfants, la famille et les amis de ma sœur aînée Paule Ragot, nous étions réunis pour ses obsèques dans l’église de Châtelneuf (Jura). Dans l’assistance, j’étais la seule à avoir vécu à ses côtés les années de sa vie qui ont précédé son mariage, et j’ai eu envie d’expliquer comment s’était formée, entre 1926 et 1948, cette rayonnante et chaleureuse personnalité. Voilà à peu près ce que j’ai dit.
    C’est difficile de parler de quelqu’un qu’on connaît depuis toujours et que (...)

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  • Une semaine à vomir 6 Épilogue

    Deux mois après mon arrivée au Havre, j’écris sèchement dans mon agenda le 11 janvier 1957 :« Liquidé Jean-Pierre ». Deux mois passés à l’écouter aligner ses raisons de ne pas se marier tout de suite, tout était bon, l’Algérie, le service militaire, l’opposition (une excuse récente ?) de son père. Jean-Pierre et moi avions rendez-vous le mardi 11 janvier à 10h et demie sur la terrasse des reines au Jardin du Luxembourg, il m’attendait dans un fauteuil vert au pied de la statue de Marguerite d’Anjou. Je (...)

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  • Une semaine à vomir 5 « Panique à bord »

    V. 2 Novembre 1956. L’Île-de-France
    Port voyageurs de New-York, quai n°30, douane, valises. L’Île-de-France est là dans ce matin gris, vieux paquebot, héros de la Deuxième Guerre mondiale, à la décoration intérieure années Trente sobre et fanée. Je me retrouve dans une cabine à quatre couchettes au 3e pont inférieur, qui pue le fuel, située sous la ligne de flottaison, sans ouverture, à côté des moteurs gigantesques qui font un boucan d’enfer.
    Une fille de mon âge est déjà là, elle se présente, Françoise (...)

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  • Une semaine à vomir 4 New York ou Le cinéma comme refuge

    III. Mercredi 31 octobre 1956. Un vol pour New York
    Dernière papaye au petit déjeuner, derniers huevos revueltos (œufs brouillés). Les joueurs de poker dorment encore. Je dois être à l’aéroport à 9 heures, enregistrer les valises bleues bourrées à craquer, chacune pèse vingt kilogs. Je les sens encore au bout de mes bras.
    On décolle à 11 heures. Le temps est clair, le Popocatepetl, sublime. Je vois en plein jour ce que j’avais survolé de nuit une quinzaine de mois auparavant, j’avais été prise dans un (...)

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  • Une semaine à vomir 3 Mexico ou À chaque jour suffit sa peine

    « Amor de lejos, amor de conejos »
    Dimanche 28 octobre (suite)
    Je vais passer mes deux derniers jours mexicains dans la pension que tient Madame Laudereau aux Lomas de Chapultepec, quartier chic de la ville : cette agréable pension de famille - comme il en existait encore dans les années Cinquante, avec une table d’hôte comme à la pension Vauquer du Père Goriot -, est le quartier général des profs de l’Alliance française. Ce jour-là, pas un collègue. Des inconnus dans les affaires.
    Lorsque j’y étais (...)

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  • Une semaine à vomir 2 Quitter San Luis Potosi

    28 octobre – 9 novembre 1956
    I. Dimanche 28 octobre 1956. San Luis Potosi - Mexico
    Le matin du 28 octobre 1956, le ciel est bleu fixe et le soleil tropical, brillant ; la saison des pluies est bien finie, je suis sur le quai de la gare de San Luis Potosi, ma frange, mon chignon, mon tailleur marron, mon attaché-case de cuir marron à la main - Audrey Hepburn avait lancé la mode -, j’attends le train pour Mexico, entourée d’une quinzaine de personnes qui m’embrassent, me glissent des petits (...)

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  • Une semaine à vomir 1 Un trou de mémoire

    Il y a quelque temps, j’étais sur mon canapé à regarder un intéressant documentaire à la télévision : on y relatait l’extraordinaire semaine, sur le plan international, qui a vu, fin octobre - début novembre 1956, les grandes puissances de la Guerre froide au bord de conflits qui couvaient depuis plusieurs mois, chacune profitant du conflit local créé par l’autre ou par leurs alliés pour faire semblant d’être occupée ailleurs, de regarder ailleurs, pour éviter une casse pire encore mais toutefois sans (...)

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  • Rouge. Art et utopie au pays des Soviets Paris, Grand Palais, jusqu’au Ier juillet 2019

    Une leçon d’Histoire de l’art Dans Le Livre d’image, Godard dit que « la seule chose qui survit à une époque, c’est la forme d’art qu’elle s’est créée ». Je pense qu’il subsiste beaucoup d’autres choses de cette époque 1917-1953 en URSS, de gens, de souvenirs, de malheurs et de bonheurs particuliers, mais il est bien évident que l’exposition Rouge montre un énorme pan de la représentation du pays des Soviets (évocation de Tintin ?), qui servait de voile aux procès de Moscou, aux goulags, aux suicides (...)

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  • Le Livre d’image, Jean-Luc Godard, 2018 « Tout ça, c’est du rêve ! »

    Je ne vais pas commencer à analyser un film fait par Jean-Luc Godard. J’ai répété toute ma vie - et encore assez récemment - qu’il ne supportait pas le commentaire, qu’on n’avait qu’à y aller, à se débrouiller avec les propositions qu’il fait, et je vais le redire encore une fois à propos du film qui est passé l’an dernier à Cannes, Le Livre d’image, diffusé sur Arte (on peut le voir en replay jusqu’en juin).
    « La seule chose qui survit à une époque, c’est la forme d’art qu’elle s’est créée. »
    Comme les (...)

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  • Lady Macbeth de Mzensk Opéra Bastille, 13 avril 2019

    Problèmes de mise en scène d’une musique étourdissante
    Un drame dans la Russie profonde dans les années Trente
    Je rappelle le livret d’Alexandre Preis inspiré d’un ouvrage de Nicolaï Leskov et qui est la base de l’opéra de Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : dans la Russie profonde (Mzensk, 300 km au sud de Moscou), Katerina est mariée à un jeune commerçant sexuellement impuissant ; le couple est placé sous la direction autoritaire du beau-père, Boris Ismaïlov (sans doute lui-même attiré par sa (...)

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  • Livres, dit-elle...

    Je ne tiens pas beaucoup cette chronique ces temps-ci, car je prépare un moment assez considérable : celui de faire repeindre mon appartement.
    Une mémoire incarnée
    Toute ma vie, c’est moi qui ai repeint, je faisais une pièce de temps en temps, par roulement, j’aimais beaucoup cette activité de l’été. Mais voilà, je suis vieille à présent et je ne me vois pas le courage ni les capacités physiques pour entreprendre un tel boulot. Je vais donc le faire faire par une entreprise. Cela suppose au préalable (...)

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  • Au fil de la semaine Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ?

    Il fait très beau depuis plusieurs jours, il faisait beau samedi dernier, et pourtant ce fut encore, sur le plan politique, une samedi très moche.
    Le Samedi 16 février
    Les « gilets jaunes » sont revenus - 41.000 selon la police - , ils se sont une fois encore exhibés dans la rue, ont empêché par le climat de hargne qu’ils déploient, les 65 millions d’autres gens de profiter de la liberté de la rue, des routes et des ronds points, ils ont encore une fois été étaler leur colère impatiente, leurs (...)

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  • Laideur du paysage 4 « Atmosphère, atmosphère... »

    J’ai fini le magnifique Retour à Lemberg, de Philippe Sands , dans une sale atmosphère. C’était dur, invraisemblable, presque irréel, de lire, à travers l’histoire d’individus pris dans cette tragédie, les effroyables massacres de la Solution finale pendant le IIIe Reich, mêlés à la construction des notions du droit international discutées et utilisées au Procès de Nuremberg (crimes contre l’humanité, élaboration de la notion de génocide), entre deux infos d’aujourd’hui.
    Avant-hier, les croix gammées (...)

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  • Laideur du paysage 3 Problèmes de mises en scène

    1. Dimanche dernier, je suis allée voir Bérénice (Racine, 1670), au théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis. Mise en scène d’Isabelle Lafon.
    Je suis sortie pas contente du tout. J’ai cru, au début, quand j’ai vu les comédiens assis autour d’une table, qu’ils allaient se livrer à une lecture, une réflexion sur la manière de répartir les rôles, de poser le problème de jouer une situation historique vécue au Ier siècle de notre ère entre Rome et le Moyen Orient, reprise au XVIIe siècle dans la France de Louis XIV, (...)

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