Chroniques

Cette rubrique abrite un fouillis d’impressions, d’époques diverses, sur tout et n’importe quoi, l’actualité, un film, un paysage, une pièce de théâtre, un concert, un petit voyage, un article qui m’a plu, etc. Ni thème précis, ni régularité. Juste l’envie de mettre en forme une impression fugitive ou persistante.
Toutefois, deux séries de textes forment des ensembles.

1. Vingt « Chroniques », la première étant datée du 18 décembre 2016 au 14 juin 2017, sont consacrées à l’histoire de mon arrière-grand-père, Victor Puiseux (1820-1883). Cette série est regroupée en un PDF unique, de lecture plus aisée, dans la Bibliographie générale de la rubrique Recherche sous le titre Une biographie de Victor Puiseux (1820-1883). Les rectifications insérées au fil des jours, heureusement assez peu nombreuses, n’ont pa pu être introduites dans la partie PDF.

2. Une guerre mondiale et une pandémie.
Un autre ensemble est constitué par les chroniques que j’ai faites au printemps 2020, en racontant, en parallèle, mes impressions sur les deux crises mondiales que j’ai traversées à quatre-vingts ans d’intervalle :
— le printemps de 1940 avec la montée des évènements qui ont conduit à l’invasion et l’armistice de juillet 1940,
— et le confinement imposé pour raisons sanitaires au printemps 2020 : on peut se rendre à la première de ces chroniques en cliquant ici. La série se compose de 60 textes, les 50 premiers sous-titrés Chroniques d’un printemps, et les 10 suivants sous-titrés Le Joli Mai, intitulés évidemment empruntées au cinéma.

2021

  • Lecture pour un dimanche de pandémie

    Dans les célébrations nationales de l’année 2021, ont été retenus quelques grands noms et grandes dates, parmi lesquels je choisis Jean de La Fontaine, né le 8 juillet 1621. Il a écrit ceci en 1678, remarquable description d’une société malade.
    Les Animaux malades de la peste
    Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) Capable d’enrichir en un jour l’Achéron, Faisait aux animaux la guerre. Ils ne (...)

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  • Au secours ! Avec Gorce, Finkie et les autres

    La rédaction du Monde sous la plume de Caroline Monnet s’est excusée d’avoir publié un dessin de Xavier Gorce : Le Monde a fait paraître mardi 19 janvier, dans la newsletter « Le Brief du monde », un dessin signé Xavier Gorce qui n’aurait pas dû être publié. Ce dessin peut en effet être lu comme une relativisation de la gravité des faits d’inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres. Le Monde tient à s’excuser de cette erreur auprès des lectrices et lecteurs qui ont pu (...)

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  • Journal des Goncourt, 8 Suite et fin

    Les Goncourt ont traversé le siècle de Wagner, de Verdi et de Richard Strauss, sans beaucoup se préoccuper de musique, à laquelle ils étaient, semble-t-il, indifférents. Seuls ou à deux, ils vont rarement à l’opéra ou au concert et ils ne commentent pas ces sorties-là. Ils s’en fichent. Les Goncourt ont des yeux, mais pas d’oreille, du moins musicale. À peine Reynaldo Hahn mettra-t-il une fois les pieds dans le Grenier.
    J’ai beaucoup apprécié la biographie de Jean-Louis Cabanès et Pierre Dufief : elle (...)

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  • Des Frères Goncourt au Prix Goncourt, Journal des Goncourt, 7

    De la mort de Jules le matin du 20 juin 1870 à la mort d’Edmond le 16 juillet 1896 -, vingt-six ans et vingt-six jours se sont écoulés. Si leur vie commune a duré les trente-neuf ans de la vie de Jules, ils ne sont devenus inséparables que pendant vingt-deux ans, en gros à partir de 1848, année de révolution à laquelle ils s’intéressent, année du baccalauréat de Jules et de la mort de leur mère.
    On imagine le vide des jours d’Edmond sans Jules : dans les six premiers mois de 1870, Jules est diminué, il (...)

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  • Pour Julian Assange « Truth is not a Crime »

    Pour commencer l’année, une bonne nouvelle, au moins pour l’instant, vient de sortir au Journal de France-Culture à la mi-journée : les tribunaux britanniques ont refusé d’extrader Julian Assange, 49 ans, né à Townsville (Australie).
    Julian Assange est le plus célèbre des « lanceurs d’alerte », avec Edgar Snowden. Les États-Unis reprochent au fondateur de WikiLeaks d’avoir « mis en danger des sources des services américains », accusation qu’il conteste et pour laquelle il risque 175 ans de prison ! La (...)

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  • Le Crépuscule des dieux Le retour dans les eaux du Rhin

    J’avais tort, mercredi dernier, de craindre Ricarda Merbeth dans Le Crépuscule. C’était une faute pour la wagnérolâtre que je suis. Merbeth n’était pas à craindre sauf dans le duo du Prologue, lorsque Siegfried la quitte pour aller courir le monde : cette scène d’amour, elle l’a en effet plus ou moins loupée, car pour les nuances et l’expression de ce sentiment-là, je persiste à penser qu’elle n’a pas la voix qu’il faut, pas assez ronde, pas assez capable de s’amenuiser dans la tendresse ; mais, cette (...)

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2020

  • Siegfried ou L’Apprentissage de la Peur

    Philippe Jordan, dans une interview, dit que ce troisième opéra du Ring correspond au scherzo dans une symphonie à 4 mouvements : il a raison, ce troisième opéra est magnifiquement survolté. Lors des représentations avec mise en scène, le premier acte, qui se termine sur la re-création de l’épée Notung par Siegfried, le fils de Siegmund, est presque une épreuve physique pour le spectateur, alors, vous pensez, pour l’orchestre et les chanteurs. Généralement, au premier entracte, lors des représentations (...)

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  • La Walkyrie ou La lâcheté du Maître des dieux

    Une longue histoire de famille très décomposée
    Puisqu’il m’est impossible de donner à lire la beauté de la musique, je raconte ces mythes que j’adore, utilisant à ma façon le procédé wagnérien par excellence : les longs récits créent le monde, en redessinant, en ressassant, en variant les éclairages. On peut lire les livrets, et, à l’opéra, heureusement, (enfin, avant le Covid) on a la ressource des surtitres. La radio demeure un peu élitiste et suppose qu’on connaît déjà son affaire.
    L’acte I déroule la (...)

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  • L’Or du Rhin ou La double malédiction d’Alberich Un prologue mythique

    L’année 2020 devait être un sommet de plaisir dans le registre musical, donc un sommet de plaisir total : Philippe Jordan, le directeur musical de l’Opéra de Paris, dont le contrat s’achevait cette année, avait programmé le Ring, qui, selon lui - et je partage son avis - , est le plus grand monument musical qui existe au monde. Quinze heures de musique pour un très long poème composé par Richard Wagner sur des années, à partir de légendes nordiques, poème qui raconte l’histoire du monde au travers des (...)

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  • Freiheit/Freude, gloire à Ludwig Van Beethoven

    Hier, 18 décembre, comme une sorte de couronnement du 250e anniversaire de la naissance de Ludwig van - comme l’appelle le héros d’Orange mécanique, Kubrick, 1971 -, la chaîne Mezzo a retransmis la 9e symphonie de Beethoven, jouée et enregistrée à Berlin en l’honneur de la chute du Mur, en Novembre 1989.
    La symphonie, dirigée par Leonard Bernstein , avec un orchestre et des chœurs magnifiques, aux proportions énormes, était un immense hymne au prodigieux génie du compositeur, à son courage (n’oublions (...)

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  • Après la mort de Jules, Journal des Goncourt, 6

    Les lignes consacrées par Edmond aux derniers mois et aux dernières heures de Jules à Auteuil sont bouleversantes. Elles évoquent à mi-mot leur maîtresse commune, Maria, une sage-femme, qui les a connus sans doute vers 1852, Jules d’abord, puis tous les deux, elle les a sans doute aimés, et beaucoup aidés, notamment au moment de la mort de Rose : c’est elle qui leur a appris la double vie de la pauvre femme.
    Depuis la mort de Jules, qui m’a beaucoup affectée, car je pense qu’il était le plus fin des (...)

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  • La mort de Jules, Journal des Goncourt, 5

    Comme un jardin d’hiver
    La possibilité d’une jolie maison d’Auteuil , proche de elle même qui leur avait échappé, revient sur le devant de la scène, finalement, ils vont pouvoir acquérir une grosse villa bourgeoise, près du Parc des Princes, pour la grosse somme de 83.000 francs, ils quittent la rue Saint-Gerges et son bruit infernal, qui atteint les nerfs et les migraines de Jules et accessoirement, les maux digestifs d’Edmond, eux-mêmes contrecoups de ceux de Jules.
    « C’est un des coins les plus (...)

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  • « Henriette Maréchal », Journal des Goncourt, 4

    J’avance dans les années du Second Empire, dans les rues qu’Haussmann n’a pas encore tout à fait fini de démolir, coins crasseux, bourrés de misère et de rats énormes (« des rats de pauvres » plus avides encore ) tout près des beau quartiers au luxe tantôt bourgeois, tantôt tapageur. Les frères Goncourt, de par leur curiosité et leur introduction réelle dans les milieux artistes et littéraires, promeneurs infatigables, observent toutes les couches sociales montantes et descendantes : à la fois (...)

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  • Deux bribes de confidence, Journal des Goncourt, 3

    Les Goncourt parlent très bien des autres, des paysages, des femmes, des hommes, de la peinture, des salons, des acteurs, des attentes, etc. Mais d’eux intimes, de leur identité pseudo-gémellaire, ils parlent rarement. Dans cette année 1865, où ils attendent anxieusement - car ce sont des anxieux - , de savoir si leur pièce Henriette Maréchal sera acceptée et jouée à la Comédie-Française, ils laissent échapper deux petits filets de confidences.
    À la fin d’un déjeuner
    « 25 mai. - Nous allions déjeuner à (...)

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  • La mort de Rose, Journal des Goncourt, 2 Tristesses de la sexualité

    Clichés et contingence
    J’ai lu le premier tome en attention flottante, comme disent les psychanalystes, ce qui m’a permis de saisir la capacité que Jules et Edmond ont de faire sentir le temps, les changements menus ou radicaux, les gestes familiers, les attitudes, la lenteur enveloppante de Théophile Gautier et de ses filles, Flaubert assis en tailleur, les diverses facettes de leurs amis, les atmosphères douillettes des salons, l’animation des guinguettes ou des restaurants, la gaité des (...)

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  • Une écriture du temps, le Journal des Goncourt 1

    Ces temps-ci, dans la monotonie usante du confinement bis, je me suis lancée dans la lecture du Journal des Goncourt : les deux frères, Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870), n’ont pas bonne presse, on dit que leur Journal est un ramassis de potins aigres, misogynes et antisémites, mais en fait, personne autour de moi ne l’a lu. À part le Prix de l’Académie Goncourt que leur legs a permis de fonder, et la station de métro qui leur est dévolue, les Goncourt demeurent souvent une sorte de mot vide. (...)

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  • Un prêchi-prêcha réactionnaire Interventions 2020, de Michel Houellebecq

    Le dernier Houellebecq est un recueil d’articles, d’interventions orales retranscrites, verbatim d’émissions, voire extraits de mails, qui sont sortis dans différents journaux, revues ou ouvrages (p. ex. des préfaces),etc, entre juillet 1992 et juin 2020. Rien ou presque d’inédit, donc, ce qui en soi est tout à fait légitime. Bien que ça fasse un peu fond de tiroir.
    J’ai aimé certains de ses livres, qui ont créé un style assez plat associé à un genre de regard coupant sur les choses et les gens, sa (...)

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  • Musique pour Couvre-feu, Covid et pluie Chronique d’un automne 4

    Le dimanche 25 octobre à 17 heures, l’Opéra de Paris proposait un concert adapté au confinement nocturne et qui comprenait des Lieder de Brahms et le Requiem de Gabriel Fauré. Ci-dessous les détails du programme .
    Les chœurs de l’Opéra de Paris et leur excellent chef José Luis Basso étaient aux manettes. Je ne suis pas très « brahmsienne », mais j’y suis allée, car j’avais envie de vraie musique, un peu fatiguée des CD et de la radio, et j’aime beaucoup le Requiem délicat, rêveur, doux, intime, composé (...)

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  • Iphigénie, à l’Odéon-Berthier Chronique d’un automne 3

    Iphigénie, de Jean Racine, est rarement montée. On dit parfois d’elle qu’il ne s’y passe rien. Elle est jouée aujourd’hui, dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig, jusqu’au 14 novembre aux Ateliers Berthier (Théâtre de l’Odéon). Les compte-rendus de la presse sont élogieux, parlant de la beauté de la mer projetée en arrière des spectateurs, cette mer qui « confine » la flotte grecque. La salle était en grande partie pleine hier, je ne sais quelle sera la répercussion du confinement nocturne.
    Pour se (...)

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  • 24 heures ordinaires Chronique d’un automne 2

    Hier matin, sur France Culture, Guillaume Erner participait à la journée de la chaîne sur « La qualité des débats dans l’espace public » actuel, et ses invités déploraient les positions radicales et ramassées pour faire choc, à la Trump, au nom de la fausse bienpensance (la "censure du bien"). Il recevait deux hôtes de grande qualité, Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris, écrivain, auteur de “Nouvelles morales, nouvelles censures” (Gallimard, 2018), et Nathalie Heinich, sociologue, directrice de (...)

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  • Bonjour, tristesse Chronique d’un automne 1

    Il y a peu, on criait contre les talibans, qui empêchaient les musiciens de jouer, les gens de chanter. Ici, le virus joue leur rôle, fortifié par les crises sanitaires, économiques, sociales, politiques, qu’il a déclenchées, relayées dans le vaste monde entièremet délabré.
    Les amis, les dîners en ville ou au restaurant, les sorties de musique, de théâtre, de cinéma, de foot, de tout : terminés. Emmanuel Macron hier parlait de quatre semaines puis de six, qu’il espérait obtenir. On relâchera sans doute (...)

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  • « Si tu t’imagines »

    Ce monde actuel, ennuyeux, trouillard, haineux, dominé par les insultes, les conflits, les matamores de tous poils, Juliette Gréco l’a quitté cette semaine. France-Musique, dans « Etonnez moi Benoît », ce samedi 26 septembre à 11 heures, a rediffusé une émission de 2012 qui m’a enchantée, sa voix, sa philosophie de la vie, des chansons, d’elle ou d’autres, pour l’écouter, cliquez ici.
    Elle avait à peu près l’âge des mes sœurs, un an de moins que Paulette, un an de plus que Claudine, qui elles aussi, ne (...)

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  • Voyage au Musée Marmottan « Cezanne et les maîtres. Rêve d’Italie ».

    Il y a environ trois semaines, j’ai fait un voyage : je suis allée voir les Cézanne exposés au Musée Marmottan, sous le titre « Cezanne et les maîtres. Rêve d’Italie ». Je précise tout de suite que j’écris le plus souvent Cézanne avec un accent, j’ai lu quelque part que les deux orthographes étaient admises.
    Ce n’était pas beaucoup plus difficile naguère d’aller à Budapest ou à Pékin, que d’aller à présent voir une expo dans Paris. Tout devient une affaire qu’il faut préparer aux dépens de la spontanéité. (...)

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  • Un signe de retour

    J’ai été en panne de Mac. D’où ce long silence, l’impression d’avoir été en exil sur Mars, d’où je sors pour l’anniversaire de l’attentat des Twin Towers. Juste avant la panne, j’avais été au Musée Marmottan voir les Cézanne et sa relation avec les Italiens, dont je parlerai sans doute assez vite.

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  • Musique en temps de pandémie Beethoven à la Roque d’Anthéron, 2020

    Je suis restée perplexe après avoir entendu hier soir la retransmission des concertos pour piano 3 et 4 de Beethoven depuis la Roque d’Anthéron, qui fêtait en cette année calamiteuse pour les spectacles musicaux à la fois son 40e anniversaire, et le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven. Les organisateurs des concerts de la Roque d’Anthéron ont maintenu le festival malgré tout : ils profitent de ce que les concerts ont lieu traditionnellement en plein air. Mais les deux lieux habituels - le (...)

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  • « Vingt ans après »

    Le Liban : l’explosion effroyable qui a eu lieu dans le port de Beyrouth, mardi 4 août, m’a grandement peinée et, en même temps, replongée dans mes souvenirs de ce pays petit, gracieux et magnifique à la fois, que j’avais visité en 1999.
    « Vingt ans après », c’est comme la suite des Trois mousquetaires, c’est toujours triste.
    Je l’avais adoré, tout en y repérant des pratiques de commerce et de tourisme, qui m’avaient agacée. Et surtout, en y déplorant les ruines de la guerre civile (1975-1990).
    Je (...)

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  • Comment je n’ai pas appris le chinois

    Coup de blues
    Distractions de l’été 2020
    Pas grand-chose à se mettre sous la dent, dans ces temps de pandémie au long cours. Et ce n’est pas Mulholland Drive de David Lynch, vu hier soir sur Arte, qui est propre à donner un aspect riant au monde, une implacable satire d’Hollywood faite au long d’un film prétentieux, ennuyeux, et même souvent désagréable. J’avais beaucoup aimé, en son temps, la série Twin Peaks, avec le merveilleux Kyle McLachlan mais finalement, je crois que je n’aime pas ce cinéaste. (...)

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  • « Féministes » ou dangereuses harpies ?

    Les manifs « féministes » d’hier à Paris et ailleurs (comme d’avant-hier et de demain) orchestrées par la bande de Caroline De Haas me lèvent le cœur. Je me suis dit d’abord que je n’allais pas leur faire de la pub en parlant d’elles. Et puis tout de même, devant tant de bêtise conjuguée à une réelle méchanceté et une absence totale de principes politiques et juridiques élémentaires, je me résous à écrire, comme je l’ai déjà fait au moment de leurs attaques scandaleuses à propos de Polanski.
    Gérald Darmanin (...)

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  • Contact avec J. M. W. Turner à Jacquemart-André Voir, là-bas, voir...

    Dans le désagréable Paris de 2020, parmi les gens masqués, méfiants, vite agressifs, déboussolés, j’ai eu bien du plaisir à retrouver les espaces du Musée Jacquemart-André, Bd Haussmann, à monter lentement l’allée de gravier épais qui succède au passage voûté, allée dessinée en arrondi, laissant sur la gauche la beauté raide et luisante des feuilles vernies de deux gros magnolias, allée qui mène jusqu’à l’entrée du bel hôtel particulier du ménage Jacquemart-André - merci à eux, si riches, de nous en faire (...)

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  • Un spectacle sans public reste-t-il un spectacle ? Le joli Mai, 10

    Malheureuse année Beethoven, 250e anniversaire de sa naissance, où toutes les salles du monde avaient programmé depuis des mois, des années, l’œuvre entière du compositeur. Cela aurait dû être un vrai bonheur que le virus a saccagé par la mesure de confinement qui a annulé tous les concerts et opéras depuis le 17 mars.
    Privée de musique en vrai (en novlangue, on dit en « présentiel »), je traîne souvent sur Mezzo, à la recherche des sonates ou des quatuors, malgré le son déplorable des téléviseurs, et la (...)

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  • La vie devant soi Le Joli Mai, 9

    Trois semaines à l’hôtel Belledent, à dormir à trois dans un lit, à se laver dans des cuvettes émaillées et à trimballer des brocs d’eau froide qu’on allait chercher à la pompe, car le service était minimal, « sommaire » comme avait dit M. Cottin. Des propriétaires, j’ai peu de souvenirs, un jeune couple sans doute, ils avaient une petite fille de 3 ou 4 ans, Malou, qui jouait dans les allées du potager et demandait régulièrement à sa mère, avec son accent de Haute-Loire, « Eh, Maman, où que je pisse ? », - (...)

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  • À l’aventure Le Joli Mai, 8

    Je n’ai jamais revu la dame, ni sa horde de passagers et de bagages.
    Vers 2 heures de cette même nuit du 15 au 16 juin, ma grand-mère a reçu un coup de téléphone de la gendarmerie de Domblans, eux-mêmes venaient d’être prévenus par la préfecture que les troupes (lesquelles, étant donné la débandade générale et contre quels Allemands ?) se rassemblaient dans le coin : il risquait d’y avoir des combats dans les bois, vers Saint-Lothain, Frontenay ou Passenans, à 3 kilomètres. Les gendarmes conseillaient à (...)

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  • Bouchées doubles Le Joli Mai, 7

    Dans le réel, on ne va pas plus vite que la musique. Ainsi, aujourd’hui, c’est le 17 mai 2020. Je ne sais même pas de quoi il sera fait.
    En revanche, dans le récit du passé, on peut appuyer sur le champignon, hâter les événements, faire des impasses, des coupes : c’est pourquoi, au cinéma, les guerres ou les fins du monde sont si intéressantes, ramassées, pas de temps morts. Juste l’essentiel, les points d’étapes. Le décisif.
    Donc le printemps 1940 : aujourd’hui, trois dates, sans plus aller donner de (...)

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  • Qui vivra, verra Le Joli Mai, 6

    Paris, vendredi 15 mai 2020
    La radio ce matin : un festival de radotages ou de poncifs, sur n’importe laquelle des stations écoutées, séquelles psychologiques du confinement, querelle des masques répétée à satiété, pourquoi le gouvernement a changé de discours, pourquoi on en avait détruit, pourquoi en a-t-on donné aux Chinois en février, les masques vont-ils perturber le développement des enfants ? etc. Le bla-bla comme base de l’information. La palme du discours inutile, pour moi, est revenue à Marcel (...)

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  • Madeleine Pauliac Le Joli Mai, 5

    À Blandans, en mai 1940, il y aura, dans le très proche avenir, bien inscrites dans mon souvenir, quelques dates très précises, dans l’atmosphère qui se détériore, un effritement général, dont tous les témoins adultes mobilisés (Marc Bloch) ou militaires de carrière (Charles de Gaulle) ont fort bien rendu compte au niveau de la nation. Mais à mon très petit niveau - 7 ans et pas d’expérience -, ce printemps est surtout flou et occupé, je ne le dirai jamais assez, par des discussions, des actes ou des (...)

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  • En avant Le Joli Mai, 4

    Blandans, vendredi 10 mai 1940
    La tempête a éclaté au milieu des bols du petit déjeuner (Thé pour Tante Paulette, café au lait pour Maman, Paulette, Claudine et Bonne-Maman, phoscao pour moi) : les Allemands ont envahi les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique, comme ça, en fin de semaine. Effet de surprise énorme, pays officiellement neutres, donc particulièrement mal préparés. Je dis « effet de surprise », c’était une surprise pour les gens, peut-être, mais en fait, il y avait eu des tas de fuites (...)

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  • Bousculade Le Joli Mai, 3

    Plusieurs « 8 mai » se bousculent dans ma tête.
    Blandans, le 8 mai 1945, le jour de la capitulation allemande et donc, la fin de la guerre sur le front de l’Ouest, a d’abord été un jour ordinaire : c’était pour moi un jour de cours de maths chez une dame qui habitait Voiteur. J’avais 12 ans, je finissais ma 5e. Si Tante Paulette continuait à m’instruire pour la plupart des matières, en maths, elle avait déclaré forfait depuis deux ans.
    J’allais donc à un cours d’algèbre, science à laquelle (...)

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  • Pas si joli que ça Le Joli Mai, 2

    Blandans, mardi 7 mai 1940
    Pie XII prie pour la paix. Il savait dès le 4 mai que Hitler s’apprêtait à attaquer à l’Ouest et en aurait prévenu les Pays-Bas et la Belgique. Mais nous ne savons rien.
    Sinon, qu’à Blandans, l’attmosphère s’épaissit de plus en plus, les nouvelles plombent tous les repas et les débordent, on écoute les communiqués. J’ai l’impression que ce sont des mots un peu magiques, qui endorment ou fâchent. Les grandes personnes font des conciliabules, debout, dans les embrasures de fenêtre. (...)

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  • Envie de changement Le Joli Mai, 1

    J’ai envie de changer.
    J’ai envie que ça change, qu’on sorte de cette pétrification vaseuse du confinement, du virus, des statistiques, de la grogne et de la méfiance comme principe de société, et de tout ce bazar mondial où s’agitent Trump, Xi et Cie, dans lequel se dessine un avenir numérisé à mort.
    Faute de mieux, sur ce site, je change :
    de titre : « Chronique d’un printemps » était un clin d’œil à Chronique d’un été, de Jean Rouch (1960), c’est désormais un hommage à Chris Marker, à qui j’emprunte (...)

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  • Un taxi pour Tabriz Chronique d’un printemps, 50

    Paris, dimanche 3 mai 2020
    En lisant les Mémoires du Général, j’ai enfin compris qu’Un taxi pour Tobrouk (Denys de La Patellière, sorti en 1961), était, en fait, un très bon film d’histoire : Lino Ventura, Charles Aznavour et Maurice Biraud sont des éléments des Forces françaises libres, créées par De Gaulle, la première partie du film montre comment chacun convergera, pour des raisons diverses, vers cette petite armée, composée de bric et de broc, grâce à la grandeur de vue et à l’énergie incroyable de (...)

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  • « Quarante jours d’errance » Chronique d’un printemps, 49

    Paris, samedi 2 mai 2020
    Ce fut hier une étrange journée, on s’envoyait des photos de muguet. Des vrais, ou des faux, humoristiques mais qui ne faisaient pas rire. Le confinement traîne en longueur avec son cortège de fausses nouvelles, les gens ont l’air de ne plus savoir s’ils préfèrent le confinement ou le déconfinement. Sur les videos échangées, des chiens soupirent de devoir aller pisser sans arrêt.
    L’après-midi se passe pour moi dans les couloirs de la France Libre, à Londres. Les innombrables (...)

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  • Sans son Tralala... Chronique d’un printemps, 48

    Paris, vendredi Ier mai 2020
    Fête du Travail sans travail.
    Ier mai sans défilé.
    Ier mai sans muguet.
    Cette année, nul tralala, les habitudes historiques et les conventions ont disparu. Le coronavirus a eu leur peau.
    En écrivant le mot tralala, je repense à « Avec son tralala, son petit tralala », j’ai toujours aimé cet air si joyeux que Suzy Delair chante dans Quai des Orfèvres (n’oubliez pas de passer l’annonce sur le lien). J’ai vu maintes fois Quai des Orfèvres, ce film, en fait dramatique, de (...)

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