Chroniques

Cette rubrique abrite un fouillis d’impressions, d’époques diverses, sur tout et n’importe quoi, l’actualité, un film, un paysage, une pièce de théâtre, un concert, un petit voyage, un article qui m’a plu, etc. Ni thème précis, ni régularité. Juste l’envie de mettre en forme une impression fugitive ou persistante.
Toutefois, deux séries de textes forment des ensembles.

1. Vingt « Chroniques », la première étant datée du 18 décembre 2016 au 14 juin 2017, sont consacrées à l’histoire de mon arrière-grand-père, Victor Puiseux (1820-1883). Cette série est regroupée en un PDF unique, de lecture plus aisée, dans la Bibliographie générale de la rubrique Recherche sous le titre Une biographie de Victor Puiseux (1820-1883). Les rectifications insérées au fil des jours, heureusement assez peu nombreuses, n’ont pa pu être introduites dans la partie PDF.

2. Une guerre mondiale et une pandémie.
Un autre ensemble est constitué par les chroniques que j’ai faites au printemps 2020, en racontant, en parallèle, mes impressions sur les deux crises mondiales que j’ai traversées à quatre-vingts ans d’intervalle :
— le printemps de 1940 avec la montée des évènements qui ont conduit à l’invasion et l’armistice de juillet 1940,
— et le confinement imposé pour raisons sanitaires au printemps 2020 : on peut se rendre à la première de ces chroniques en cliquant ici.. La série se compose de 60 textes, les 50 premiers sous-titrés Chroniques d’un printemps, et les 10 suivants sous-titrés Le Joli Mai, intitulés évidemment empruntées au cinéma.

2020

  • Je soupire après vous Chronique d’un printemps 33

    Paris, jeudi 16 avril 2020
    La torpeur du confinement se fendille de quelques espoirs. On parle même de la réouverture possible des salons de coiffure après le 11 mai. Ce n’est pas un vœu futile, c’est capital de récupérer une allure. Coiffeurs, librairies, fleuristes, parcs, cafés, etc., je soupire après vous. Que les grognons ne disent pas que c’est uniquement pour relancer l’économie, moi, je veux relancer mon moral et celui de la famille et des amis, eux que je veux voir bientôt.
    Aujourd’hui, les (...)

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  • Impôts point gouv Chronique d’un printemps, 47

    Paris jeudi 30 avril 2020
    Hier, j’ai fait ma déclaration d’impôt, c’est de plus en plus facile. Ma qualité de fonctionnaire retraitée me mâche le travail. Il fallait encore, l’an passé, que je lise la déclaration proposée sur internet, que je la confirme, que je la signe électroniquement et que, clic, je l’envoie. Cette année, c’est encore mieux, il suffit que je la regarde, et cela veut dire, si je ne réclame pas, que je suis d’accord, je déconnecte après ce regard. Ce fut donc vite fait.
    J’ai (...)

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  • Ligne de crête Chronique d’un printemps, 46

    Paris, mercredi 29 avril 2020
    Hier après-midi, discours d’Édouard Philippe : les paliers de déconfinement se feront par étapes modifiables au gré des circonstances et des régions, en accord avec les élus et préfets, en fonction de la concentration du virus. On sera « verts » ou « rouges ». Il ne s’agit ni de foncer trop vite, il y a risque d’« écroulement », ni de se réfugier dans un attentisme mortel. Ligne de crête, a dit le Premier ministre.
    Je regardais sa stature, les presque 2 m. de cet homme qui ne (...)

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  • De l’air, de l’air (bis) Chronique d’un printemps, 45

    Paris, mardi 28 avril 2020
    Au hasard, j’essaie des pistes pour m’échapper un peu : pas facile. L’humanité, en ce moment, a l’air d’avoir le goût du malheur. Hier, j’ai été captivée - et passablement terrifiée - par une des chaînes cinéma qui passait Nan Shui Bei Diao, un superbe documentaire d’Antoine Boutet, sur la Chine (2015, 1 h 50) et le projet de dériver les fleuves du Sud vers le Nord : « Sud Eau Nord Déplacer ». Il s’agit d’un énorme transfert d’eau, inspiré sans doute par le Grand Canal : celui (...)

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  • De l’air, de l’air ! Chronique d’un printemps, 44

    Blandants, samedi 27 avril 1940
    Les « nouvelles » étaient un tissu réconfortant, les médias - journaux, magazines et radio - faisaient mousser les rares pertes de la Wehrmacht, les rares succès des Alliés en Norvège. Les ratés de Trondheim ou de Narvik étaient déguisés en prudence. Tout de même, les rois du Nord gagnaient l’Angleterre en emmenant leurs trésors.
    Officiellement, les autorités étaient toujours confiantes dans la ligne Maginot. Les gros ouvrages en béton, bien clos, bien lourds, somnolaient (...)

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  • Marianne ou l’avenir Chronique d’un printemps, 43

    Paris, dimanche 26 avril 2020
    Hier soir et ce matin, j’ai reçu de mauvaises nouvelles. L’air parisien, du coup, comme toujours tout peuplé de soleil, est plus étrange. J’ai de la peine pour mes amis. L’impression, parfois, que ce virus nous fait tous pédaler dans la semoule.
    France-Musique ce matin : « Au chœur de l’orchestre », excellente émission qui suit le non moins excellent « Bach du dimanche », entreprend de dresser les malheurs imprévus des orchestres au fil du temps, ceux qui, sous la force des (...)

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  • Un patchwork Chronique d’un printemps, 42

    Paris, samedi 25 avril 2020
    Hier soir, j’ai quitté très tôt les plateaux télé qui patinent sur le COVID 19. Une des chaînes cinéma passait L’Aile ou la cuisse (Claude Zidi, France, 1976), que je n’avais pas vu d’un bout à l’autre depuis la nuit des temps. Le film n’a rien perdu de son actualité, il combat la bouffe industrielle, les poulets sous vide, les arômes chimiques et les conservateurs, la perte du bon goût et de la santé.
    Certaines scènes sont assez lourdes, d’autres, nombreuses, de purs chefs (...)

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  • Au-dessus du nid de coucous Chronique d’un printemps, 41

    Paris, vendredi 24 avril 2020
    Mesures à venir, piétinement sourd des commentaires, parfois utile, souvent creux ou aigre, perspectives d’un monde numérique de plus en plus prégnant et inquiétant, idée que les films de science fiction ont vu juste, avec leurs villes sous terre ou sous globe, nouvelles des uns et des autres, parler.
    Je vais rejoindre L’Appel, la première partie des Mémoires de guerre du général de Gaulle, commencées hier en me réjouissant d’avoir lu, il y a peu, L’étrange défaite qui (...)

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  • Ciel, désert et marais Chronique d’un printemps, 40

    Paris, jeudi 23 avril 2020
    En écrivant le sous-titre de cette chronique, je vois qu’elle est la 40e de la série. Quarante jours dans le désert, la période de retrait du Christ avant de se lancer dans sa vie publique.
    40 jours dans le désert : d’autres l’ont fait et le font encore. Et pour eux ce furent, ce sont, des suites indéfinies de quarante jours en quarante jours, dans des conditions sans nom, je parle des otages, ceux qui sont dans les geôles du désert de Syrie ou autre.
    Pour nous, encore (...)

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  • S’il tonne en avril... Chronique d’un printemps, 39

    Blandans, lundi 22 avril 1940
    À la maison, comme dans toutes les campagnes de ce temps, on fonctionnait beaucoup à coup de proverbes. Il y en avait pour toutes les saisons, toutes les situations. Prévoir le temps, scruter le ciel, guetter le vent, la couleur du ciel à l’aube ou au couchant (« Les rougeurs du soir font sécher les toits », « Les rougeurs du matin font tourner les moulins »), étudier les nuages en forme de « rasure », une mince couche de cirrus à l’ouest annonciatrice de pluie, tout (...)

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  • Quelle question ! Chronique d’un printemps, 38

    Paris, mardi 21 avril 2020
    Pluie de sms et de mails, en provenance des médecins et des centres médicaux, relayant les conseils du Ministère des solidarités et de la santé, nous priant de nous surveiller, il n’y a pas que le coronavirus. Penser à prendre des rendez-vous, pour nos pathologies ordinaires. Ce que j’ai fait en partie hier. Le début du déconfinement sera occupé par une série de visites de contrôle, habituelles, mais qui avaient été annulées en début de l’épidémie. Amusant ? Non. Utile ? (...)

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  • Avant-goût Chronique d’un printemps, 37

    Paris, lundi 20 avril 2020
    Ce matin, sur France-Inter, une nouvelle m’a agacée : on évoquait une start-up culturelle, qui, de manière expresse, dans un format de 20 minutes, se proposait de raconter une œuvre du monde classique, roman, pièce de théâtre, film, et se flattait ainsi de donner envie de lire ou voir en entier la chose en question.
    J’ai peur que cela ne serve qu’à se faire une petite teinture, bien éloignée du plaisir de tomber dans la longueur propre de chaque œuvre, le temps, matière, (...)

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  • Formes de la violence Chronique d’un printemps 36

    Paris, dimanche 19 avril 2020
    J’ai fini Le Premier homme. La description, à la fois minutieuse et sans ordre, de la ville d’Alger, rend présente l’alternance de la chaleur - écrasante - et de la pluie - plus rare mais diluvienne -, qui baigne un monde de la pauvreté, de l’effort, de la difficulté et de l’énergie quotidiennes. Les saveurs, les parfums bons et mauvais, la couleur, les sonorité, la tension, les violences sourdes ou physiques d’un monde qui survit comme une île entre deux mondes, Arabes (...)

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  • « Le moutonnement indéfini des commentaires » Chronique d’un printemps 35

    Paris, samedi 18 avril 2020
    Aujourd’hui, je ne participe pas au « moutonnement indéfini des commentaires » (Michel Foucault, L’ordre du discours, 1971, p. 27. Tout comme je cesse de les écouter ou de les regarder, à la fois nocifs et fascinants. Quoi de plus collant que les gens qui n’ont jamais compris ce qui vient d’être dit, et qui le déforment à loisir en râlant. L’éternelle défiance française.
    Repos de fin de semaine. Rêverie. Promenade imaginaire.
    Blandans, jeudi 18 avril 1940
    Idem, c’est jeudi. (...)

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  • Le lendemain, elle était souriante Chronique d’un printemps 34

    Paris, vendredi 17 avril 2020
    Sous le ciel si pur pour une bien triste raison, l’atmosphère générale est empoisonnée par les infos innombrables, les « live », les forums et autres rencontres. J’ai beau les fuir, je les sens autour de moi.
    Feuilleton d’une crise vertigineuse. Avec, en vedette, quelques héros positifs du monde soignant, et hélas, des clowns maléfiques, dont le modèle indépassable reste Donald Trump, ses bravades, ses mensonges, son égoïsme, son besoin de se défausser, son avidité, ses (...)

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  • Colin-maillard Chronique d’un printemps 32

    Paris, mercredi 15 avril 2020
    À la radio, comme chaque matin, la méfiance règne dans les questions et les réponses des journalistes et de leurs invités, sur les mesures prévues, les prés étaient, comme toujours, plus verts ailleurs, et c’est sans doute dur à supporter, cette méfiance généralisée.
    Hier, en début de soirée, radios et télés nous prédisaient à tire-larigot que nous, les vieux, les plus de 70 ans , le 11 mai, non, ce n’était pas pour nous et que nous vivrions ainsi pour très, très longtemps, en (...)

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  • « Et pourtant elle tourne » Chronique d’un printemps 31

    Blandans, dimanche 14 avril 1940
    Ce matin, à la messe, nous avons à nouveau chanté nos acclamations, et toujours sans savoir qu’elles étaient carolingiennes, très vieux souhaits de victoire : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat. Majestueuses, enthousiastes, j’y participe depuis notre banc, debout, chantant avec cœur, ayant refermé mon petit livre de messe ; mais ça reste un peu dans le vide, on n’en entend pas encore les effets. Pas de victoire, pas de règne.
    La guerre est toujours (...)

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  • Rouge et blanc Chronique d’un printemps 30

    Paris, lundi 13 avril 2020
    Un beau temps, que pas grand chose n’arrive à altérer. Juste une mini-averse hier, après un mini-grondement de tonnerre vers 15 heures.
    Le plus stupéfiant a été la réalité, comme d’habitude, ainsi, l’image du Vatican (cf en bas du texte) : jour de Pâques en pandémie, Urbi et Orbi dans le décor désert des colonnades baroques de Saint-Pierre de Rome.
    J’ai commencé Le Premier homme, j’aime bien le style sec de Camus, c’est toujours un peu le début de L’Étranger, « Aujoud’hui, (...)

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  • Ô souffle du printemps ! Chronique d’un printemps 29

    Paris, dimanche 12 avril 2020
    Avalanche des mails d’annulation, adieu Or du Rhin, Walkyrie avec Kaufmann dans le rôle de Siegmund, adieu, Messe en si, adieu, Symphonie alpestre. Et pour combien de temps, privation de concerts. Une vie sans concert ? Mortelle. Impensable. Ce matin, dans l’émission de France Musique, Le Bach du dimanche, on a pu entendre toutes sortes de messages de chefs confinés, sans orchestre, sans représentation. Comment tous ces artistes vivent-il cette privation. Une (...)

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  • Expérience et bords de mer Chronique d’un printemps 28

    Paris, samedi 11 avril 2020
    Hier soir j’ai fait une expérience, j’ai décidé de regarder la télé, toutes les chaînes dont je dispose, un bouquet SFR assez garni : j’ai donc parcouru (ça m’a pris deux heures !!) la centaine de chaînes, docu, sport, infos, fictions etc , moins de 10% échappaient au COVID-19. Saturation totale. En français, en anglais, en arabe, en allemand, en italien, en espagnol d’Espagne ou d’Amérique du sud, en russe, en chinois etc., le COVID-19 est partout, illustré des chambres de (...)

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  • Adaptation Chronique d’un printemps 27

    Paris, vendredi 10 avril 2020
    Aujourd’hui, je me sens un peu comme Louis XVI retour de chasse en juillet 1789, qui écrit sur son carnet, Rien.
    Loin des radios et télés qui organisent avec beaucoup de bêtise une fausse ou vraie guerre des médecins.
    Monoprix est souvent dépourvu de farine, les gens font des gâteaux, comme me l’a confirmé hier une des dames qui remplit les rayons. On s’est parlé, quel exploit ! À 1 mètre 50 bien tassé, comme il se doit. Elle a un masque, moi pas.
    Hier, retour de (...)

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  • Sapiens sapiens Chronique d’un printemps 26

    Paris, jeudi 9 avril 2020 Ce matin, l’invité de Guillaume Erner était Gilles Bœuf , un chercheur à la fois passionnant et convaincant dans son expression, biologiste et professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie, il été chargé de cours au Collège de France et ancien Président du Muséum national d’histoire naturelle. Il a parlé des chauves-souris, des pangolins, des tiques et des chevreuils, des marchés crasseux (il a dit « immondes » où voisinent les animaux morts ou vivants) du caca des (...)

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  • Ça sature ! Chronique d’un printemps 25

    Paris, mercredi 8 avril 2020
    J’ai envie d’une pause réelle, les radios sont toutes plus anxiogènes les unes que les autres, RFI comprise, avec les nouvelles épouvantable des USA ou de l’Afrique, sur le plan sanitaire ou social.
    Ras-le-bol, cet abruti de Philippe Martinez et son appel à la grève générale à partir de demain dans le commerce - seuls ceux de l’alimentation sont ouverts -, quelle bonne idée ! Ajouter une crise alimentaire, voilà qui serait génial. Battons-nous devant les magasins, c’est (...)

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  • Podcast et Quasimodo Chronique d’un printemps 24

    Paris, mardi 7 avril 2020
    Ce matin sur France Culture, un invité passionnant, Thomas Gomart, de l’Institut français des relations internationales (IFRI), a expliqué comment le virus révélait le jeu des fils de trame entre trois grandes puissances - Chine, USA, Europe - , comment la stratégie, les sources d’énergie, l’alimentation, le sanitaire et le numérique, se combinaient et nous enveloppaient comme un filet ; il en a retracé le chemin depuis 1971, c’est trop long à ré-expliquer. « Comment (...)

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  • Du sens ? Chronique d’un printemps 23

    Paris, lundi 6 avril 2020
    Faut-il raconter, ce matin, ce que nous savons tous. C’est-à-dire que nous ne savons pas grand-chose, qu’on apprend au jour le jour sur le virus et la maladie. Je constate que les journalistes des chaînes françaises sont sottement impatients, qu’ils peinent à prendre le tournant qui consisterait à informer sans cherchent à pousser à la faute leurs interlocuteurs et à faire de la politicaillerie. J’écoute surtout Radio France internationale, (RFI), pour sortir du ronron des (...)

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  • Espace en crise Chronique d’un printemps 22

    Paris, dimanche 5 avril 2020
    Il faut des masques, paraît-il. Je pense que ce revirement officiel ne serait utile que si on avait suffisamment de masques chirurgicaux. Ce qui n’est pas le cas, comme chacun sait. S’il faut les bricoler en pliant des tissus extirpés de mes vieux tiroirs, comme j’ai vu faire à la télé hier soir, merci bien. Je n’ai pas de visière de moto. Je n’ai pas d’élastique et les magasins sont fermés. Je n’ai pas les yeux pour coudre ni la foi pour grenouiller sur les forums. Les (...)

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  • Avec quoi écrit-on l’histoire ? Chronique d’un printemps 21

    Paris, samedi 4 avril 2020
    Un ciel bleu et un soleil brillant, il n’y a plus une traînée d’avion. Les jours se fondent les uns dans les autres.
    J’ai fini Guerre et Paix. Pierre et Natacha, Marie et Nicolas, sont devenus des couples ordinaires de l’aristocratie russe des Années 1820, qui est aussi l’année de la naissance de mon arrière grand-père Victor Puiseux, je peux toucher du doigt cette époque dans ses bégaiements qui forment un immense paysage, une immense tapisserie en relief, à la fois figée (...)

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  • Fluctuat nec mergitur Chronique d’un printemps 20

    Paris, le vendredi 3 avril 2020
    Je n’ai jamais tant pensé à Georges Canguilhem que ces temps-ci. Son ouvrage, Le Normal et le Pathologique, m’avait éblouie dans les années 80, où je l’ai lu pour préparer mes séminaires qui portaient sur la représentation de la médecine, des malades et de la maladie au cinéma. Philosophe et médecin, résistant de la première heure, ami d’Ignace Meyerson, de Jean-Pierre Vernant, Canguilhem analyse notamment, dans cet ouvrage ce qu’est la maladie comme accident dans la vie (...)

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  • Valses de Vienne Chronique d’un printemps 19

    Paris, jeudi 2 avril 2020
    Aujourd’hui sera jour de sortie, liste à préparer, choix de l’heure etc.
    Hier, j’ai admiré Édouard Philippe et Olivier Véran, répondant aux questions des 26 députés réunis en commission, moitié présents en réalité, moitié en videoconférence, les deux ministres ont été à mes yeux parfaits, précis ou disant les incertitudes - entre autres, le déconfinement - , patients, et je me demande comment sont les journées de tous ces hommes faisant face aux énormes responsabilités qui sont les (...)

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  • « La Jetée » Chronique d’un printemps 18

    Paris, mercredi Ier avril 2020
    Orly a fermé hier soir. Choc. Comment ne pas penser à La Jetée (Chris Marker, 1962), la fameuse Jetée d’Orly, cette plateforme, symbole en 1962 d’un modernisme absolu, d’un monde à venir : ce film d’anticipation et expérimental - tout en photos, sauf un plan animé - s’y déroulait en partie, dans de mythiques années 3 000 où des savants issus de ce qui ressemblait déjà à de l’intelligence artificielle, terrés dans les sous-sols du Trocadéro, après une troisième guerre (...)

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  • « Mais qui a parlé de deux mois ? » Chronique d’un printemps 17

    Paris, mardi 31 mars 2020
    Ce matin, à France-Inter, l’économiste Esther Duflo, Professeur au Collège de France et Prix Nobel d’économie, depuis Washington où il était deux heures du matin, a, à sa manière douce, sonné le tocsin. Sur la gravité immense de la crise, ses étages, ses profondeurs, son temps indéterminé et ses conséquences incalculables. Lorsque Nicolas Demorand, en son nom ou en celui d’un auditeur, lui a demandé dans quel état on sortirait au bout de deux mois de confinement, elle lui a fait (...)

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  • Le savon dissout les graisses Chronique d’un printemps 16

    Paris, lundi 30 mars 2020
    Ce matin, les journalistes de France Inter avaient changé de ton auprès de leurs invités, ils étaient moins arrogants, moins désireux de les pousser à la faute ou à la petite phrase. Il faut dire qu’ils ont eu affaire d’abord à Daniel Cohn-Bendit, comme toujours clair, plein de bon sens, et rapide. Il a fort bien expliqué les différences des prises de décision dans une structure fédérale (les Länder allemands, gérés par des coalitions) et le centralisme français, qui favorise (...)

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  • Le temps d’une île déserte Chronique d’un printemps 15

    Paris, dimanche 29 mars 2020
    Hier, la conférence de presse d’Édouard Philippe, avec trois professeurs de médecine et le ministre de la santé, était explicative, détaillée, et ouvrait un temps long, le confinement, le post confinement, l’éventuelle seconde vague. Le temps est aux certitudes impossibles. Le discours, les mots, le ton d’Édouard Philippe et de ses intervenants ont été du genre « de la sueur et des larmes » de Churchill. Les petits esprits français critiquent, chipotent, bien sûr... ils (...)

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  • France/Italie Chronique d’un printemps 14

    Paris, samedi 28 mars 2020
    Les sales passions françaises, râler, resquiller, accuser, tout mieux savoir que les autres, battent leur plein et c’est insupportable. Tout le monde est expert, chacun aurait commandé des masques en décembre et fait des tests en janvier. Une personne surnage, par son affabilité souriante, son expérience, pas ramenarde pour deux sous, c’est Roselyne Bachelot, dont les râleurs avaient tant ri au moment de la grippe H1N1 pour sa prévoyance jugée alors grotesque.
    J’avais (...)

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  • Pause Chronique d’un printemps 13

    Paris, vendredi 27 mars 2020
    Aujourd’hui, je décide de faire un jour de pause, je suis saturée des nouvelles de la pandémie, saturée des stations de radio, saturée des conseils aux confinés. Hier soir, à la télé, l’installation de morgues de secours en plein dans les rues sales et étroites de New-York, m’a achevée, pendant que le Dow Jones artificiellement dopé par les milliards sur ordre de Trump, avait l’indécence de « monter ».
    Dans les infos de ce matin - ces bribes qu’on ne réentend pas dans la (...)

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  • Demain, demain Chronique d’un printemps 12

    Paris, jeudi 26 mars 2020
    Hier après midi - 14 h 32 - , j’ouvre mon ordi, et j’ai vu dans ma boîte de réception des messages autorisés, trois messages de couleur beigeasse, autrement dit des indésirables, tranquillement installés. J’essaie de les mettre à la poubelle. Non, refus, une fois, deux fois, trois fois, affichage d’un panneau péremptoire, en anglais, me parlant d’internat error, d’INBOXTRASH, Refer to Server log etc.. enfin quelque chose de pas catholique du tout.
    Essais multiples. En vain. (...)

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  • « Qu’est-ce en effet que le temps ? » Chronique d’un printemps 11

    Paris, mercredi 25 mars 2020
    Trump choisit ouvertement de sacrifier les hommes à l’économie. Le remède du confinement est pire que le mal, dit-il, de sa voix gluante, en jetant des milliers de milliards dans le marché pour le faire remonter artificiellement, tout en fermant plus encore, si c’est possible, sa frontière aux migrants en provenance du Mexique.
    On piétine dans les chiffres, les décisions prises ou à prendre. Les J.O. sont reportés et s’appelleront J.O. 2020 en 2021.
    Déjà, le temps est (...)

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  • Œufs Soubise Chronique d’un printemps 10

    Blandans, 24 mars, Dimanche de Pâques 1940
    Pâques, les cloches sont revenues de Rome. Celle de l’église de Domblans a un très beau son, assez enthousiasmant, avec de riches résonances et en même temps, une manière joyeuse de diffuser dans l’espace. À l’église, quel qu’ait été le temps - dont je me souviens pas du tout -, les dames du village avaient dû sortir leurs chapeaux d’été, chapeaux de paille remplaçant les feutres de l’hiver. Le pain bénit qu’on passe dans des petites corbeilles au moment de (...)

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  • Errare humanum est ! Chronique d’un printemps 9

    Blandans, samedi 23 mars 1940
    Réflexion d’entrée, datée de 2020 : ce que j’ai décrit hier, le lessivage de l’église, est arrivé aujourd’hui seulement ! Quelle erreur de mémoire... hier, vendredi saint, on n’a pas lessivé du tout, on est allé à l’église dans le début de l’après midi pour une cérémonie, Le chemin de croix. Le curé a fait le tour de l’intérieur de l’église, en s’arrêtant devant chacun des 14 petits tableaux illustrant les 14 étapes de la Passion, de la Condamnation à mort à la Mise au tombeau, à (...)

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  • Lessivage et tentation Chronique d’un printemps 8

    Paris, dimanche 22 mars 2020
    Une réaction au confinement dans mon entourage, son auteur se pense victime de mesures liberticides, dans des termes cinglés. Les gens sont fragiles.
    Je penche nettement du côté des médecins qui demandent au Conseil d’État de pousser le gouvernement à durcir encore le confinement puisque pour l’instant, c’est la seule chose qu’on ait su faire (cf Wuhan). Et la seule mesure capable de réguler un peu le flux des malades gravissimes à l’hôpital. Car la forme grave est (...)

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  • « Autant que nécessaire » Chronique d’un printemps 7

    Je change l’ordre du titre et du sous-titre, pour éviter la monotonie, qui est l’un des dangers de la période. Une fausse monotonie, car il se passe mille et mille choses.
    Paris, 21 mars 2020
    « Aujourd’hui, et c’est nouveau et n’a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale » qui permet de suspendre ces règles, a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée sur Twitter. « Elle permettra aux gouvernements d’injecter dans l’économie autant que nécessaire » Ainsi s’est exprimée hier (...)

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  • Restez chez vous Chronique d’un printemps 6

    Paris, 20 mars 2020
    On s’enfonce un peu dans la mélasse, les Français resquillent et râlent, les politiques font ce qu’ils peuvent, les hospitaliers aussi, le virus s’active. Les émissions de radio sont regroupées, France culture et France inter, pour traiter de l’actualité. On apprend à chaque heure la fermeture et le confinement de pays d’Amérique latin ou d’Afrique.
    Pas une nouvelle de Russie, mais alors pas une. Vladimir Poutine a le premier prix de mutisme.
    Les bobards, fake-news et autres (...)

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  • « Masques et bergamasques » Chronique d’un printemps 5

    Blandans, 19 mars 1940
    Aujourd’hui, c’est la Saint-Joseph. Les deux années dernières, nous sommes allées toutes les six (Bonne-maman Maman, Tante Paulette, Paulette, Claudine et moi) dans la Citroën 11 CV familiale, ce même jour, chez les Petites sœurs des pauvres à Lons-le-Saunier. C’est la fête de leur saint patron et ce jour-là, elles servent un repas de gala aux pauvres qu’elles accueillent, hospice à l’ancienne, grandes salles sinistres avec de hautes fenêtres, vieux très déglingués par la vie, (...)

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  • Chronique d’un printemps 4 « L’enfer, c’est les autres »

    Paris, 18 mars 2020
    La bêtise humaine n’ayant pas de fond, je me demande aujourd’hui si je vais en tenir la chronique ? L’avidité stupide et l’égoïsme ruisselant qu’on voyait dans les magasins doivent se poursuivre aujourd’hui, et je redoute le jour prochain où je devrai aller renouveler mes quelques provisions, au milieu de loups emmitouflés et masqués (où trouvent-ils les masques, mystère ) et pourvus d’ un cerveau de mouton de Panurge. Acheter 20 baguettes pour les surgeler... acheter 20 boîtes de (...)

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  • Chronique d’un printemps 3 Restez chez vous

    I. Paris, 17 mars 2020
    1. Restez chez vous
    Hier, discours d’Emmanuel Macron à 20 heures, capté sur LCI. Je regrette qu’il ait évité le mot CONFINEMENT, tout en le décrivant, mot que chacun a prononcé ensuite à sa place. J’espère que les Français, si volontiers hâbleurs et contestataires, dont il a d’ailleurs stigmatisé les agissements coupables de la veille, n’interprètent les termes du début de son discours comme des permissions d’aller courir en solitaire sur le trottoir (les parcs sont fermés) : si (...)

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  • Chronique d’un printemps 2 Le jour d’avant ?

    16 mars 1940
    Quoi de neuf en mars 1940 ? Bof, pour moi, rien de précis. La famille, dont j’ai constaté plus tard combien elle était réactionnaire à cette époque, doit se moquer, sans les lire, des articles de Geneviève Tabouis(1892-1985), une journaliste intelligente, spécialiste de politique étrangère, et qui, depuis l’arrivée d’Hitler au pouvoir, en dénonçait les dangers terrifiants et les craintes d’une invasion. Elle écrivait dans L’Œuvre , mais à la maison, hélas, à l’époque, on avait des journaux de (...)

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  • Chronique d’un printemps 1

    Un projet : le printemps 1940
    J’avais l’intention, il y quelques semaines, de faire une chronique de mes propres souvenirs du printemps de 1940, avec mon récit de l’exode, vu avec mes yeux de sept ans. Tout l’hiver, j’avais ressenti l’attention inquiète des grandes personnes pendant l’heure des repas où on écoutait « les nouvelles » qui sortaient d’un « poste de TSF » assez monumental, en bois de noyer, je pense, dont la façade était ornée d’une lyre découpée ; derrière la lyre, le poste était garni (...)

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  • Une architecture immatérielle et en mouvement Le Temps et la Musique

    Du Ier au 29 février, j’ai assisté à 7 concerts, 6 au Théâtre des Champs-Élysées, 1 à la Philharmonie : c’est dire la place de l’espace sonore dans ma vie pendant ce mois.
    Je n’ai pas de plus grand plaisir dans la vie, que d’être dans une bonne salle de concert ou d’opéra, devant un orchestre, et d’être entourée et emportée par les sons : je regarde intensément les musiciens, solistes, chef, choeur etc. en train de recréer manuellement, devant moi, les harmonies d’une musique composée par un de mes auteurs (...)

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