En mystérieuse compagnie Beethoven et le Quatuor Belcea

Ce matin, j’ai été entendre, à la Philharmonie, un concert de la Semaine que cet organisme génial a consacrée au Quatuor :

Ludwig van Beethoven
Quatuor à cordes n° 13 & Grande Fugue op. 133, "En mystérieuse compagnie"
Quatuor Belcea
Corina Belcea, violon
Axel Schacher, violon
Krzysztof Chorzelski, alto
Antoine Lederlin, violoncelle

Partition du 13e quatuor

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La musique est indicible, en général et par nature, et on ne peut que paraphraser, quand on écrit à son propos, car pensée, parole et musique sont des modes d’expression à la fois enchevêtrés et parallèles. Le bonheur de l’humanité est de les avoir à sa disposition.

Beethoven disait que le 13e quatuor et la Grande Fugue formaient « une œuvre immortelle et à jamais contemporaine ». Cet article n’est pas fait pour « jouer » à sa place. Du concert de ce matin, je dirai seulement que les quatre interprètes de deux œuvres sublimes - de leur temps et hors de leur temps, de leur espace et hors de leur espace -, ont agi sur moi de manière, intense, presque chimique, active et profonde.

Beethoven, par sa personnalité et ses compositions, et le quatuor Belcea, par sa générosité, son talent, son énergie, sa délicatesse, ont mis en marche dans ma tête une sorte de grande révision générale qui naissait et se mêlait à leurs sons, toute ma personne à la fois démontée et remontée, mes cellules intellectuelles et sensibles dissociées, éparpillées et réassociées, les moments des quatre-vingt-cinq années de ma vie, passés en revue, déliés et reliés, décousus et remontés en résonance avec le monde actuel, avec la tendresse, l’inquiétude, l’espoir et le désespoir, en réseau avec ce que je sais,vis ou vois. Une sorte de moment de transfiguration, à la limite des expériences sensorielles. Je suis sortie de la Cité de la Musique avec l’impression - humaine, dynamique - d’être composée comme une cascade, de centaines de milliers de moments, de souvenirs et de projets avec les autres.

L. van Beethoven

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J’ai donc passé une heure et demie « en mystérieuse compagnie », comme l’a écrit son auteur lui-même en sous-titre à la Grande Fugue.
Éblouie et intensément émue par Ludwig van Beethoven, par le quatuor Belcea, je mesurais la chance folle que j’avais d’être là en communication avec eux, non pas moi toute seule, mais toute ma vie, qui s’y logeait comme des milliers de fleurs-instants - ouvertes, fermées, en éclosion - , en lien à ceux que j’ai aimés ou que j’aime, avec qui la pensée et les sons faisaient vibrations et résonances.