Chronique d’un printemps 4 « L’enfer, c’est les autres »

Paris, 18 mars 2020

La bêtise humaine n’ayant pas de fond, je me demande aujourd’hui si je vais en tenir la chronique ? L’avidité stupide et l’égoïsme ruisselant qu’on voyait dans les magasins doivent se poursuivre aujourd’hui, et je redoute le jour prochain où je devrai aller renouveler mes quelques provisions, au milieu de loups emmitouflés et masqués (où trouvent-ils les masques, mystère ) et pourvus d’ un cerveau de mouton de Panurge. Acheter 20 baguettes pour les surgeler... acheter 20 boîtes de paracétamol... Provisions maniaques sans se soucier du tout des réels besoins, ni des leurs ni de ceux des autres. À quand la panne de congélateurs. Ou la panne de réseaux à force de tirer dessus... Énergie, mon beau souci.

Ras-le-bol des plateaux de télévision où, à présent par téléphone, les journalistes posent les mêmes questions sans réponse, à moitié agressives, à des personnels de santé et des politiques visiblement débordés et épuisés.

Hier soir, j’ai fini par atterrir chez Cyrille Hanouna - c’est dire... - qui, sur son canapé, faisait preuve de moins de prétention, il était presque regardable, en train de se bidonner devant deux videos d’une trentenaire bobo coincée en Tunisie exigeant qu’on la rapatrie d’urgence ( « mais enfin, quoi, Macron, qu’est-ce qu’il fait... ») [1]

Il faut dire que j’avais été écœurée par Anne-Sophie Lapix jouant comme toujours à la grande fille toute simple sur la 2, jouissant de son pouvoir, qui essayait, avec un odieux petit air supérieur et ironique, de coincer un Édouard Philippe visiblement épuisé, sur la gestion des élections dans la crise sanitaire. Se rend-elle compte, cette femme, de la vie d’un premier ministre en ce moment, en France ou ailleurs ?

Et, dans la foulée, je peux dire que l’article de Buzyn (pour qui j’avais beaucoup d’estime) dans Le Monde sorti hier soir, est répugnant : autant pour ce qu’elle dit (nul ne l’a forcée à se présenter et elle a joué la comédie, si c’en était une, mieux que quiconque) que pour le moment choisi.

Il y a des attitudes impardonnables. Carrément criminelles.

Blandans, 18 mars 1940.

C’est toujours « Rien à signaler sur l’ensemble du front ». Paul Reynaud semble tenir la barre. Mais bon, je n’étais pas non plus chroniqueuse politique à 7 ans, et je continuais sans souci à aller aux pissenlits ou aux primevères. Claudine allait toujours en vélo en classe à Voiteur, chez Madame Lébé, qui tenait un petit cours privé. Paulette travaillait par correspondance. Les feuilles réglées sur lesquelles elle faisait ses devoirs étaient curieusement jaunes. Elle continuait ses leçons de piano chez Mademoiselle Duhamel, à Passenans, où elle aussi se rendait en vélo. Moi, je ne bougeais pas, j’avais Tante Paulette qui me faisait la classe pour moi seule, avec son talent extraordinaire, c’est pourquoi j’étais si curieuse de tout et si bonne en histoire et géo. Grâce à elle, tout s’imprimait si facilement, tout était si bien présenté, vivant et articulé.
La vie roulait vers les beaux jours.

Notes

[1C’est peut-être un montage, mais au moins, Hanouna l’utilisait pour dénoncer l’égoïsme écrasant et constitutif lié à la sottise actuelle.