Carmen, ô ma Carmen !

De tout cœur

Oui, je signe de tout cœur avec les cent femmes qui ont écrit dans Le Monde (10/1/18) un appel à la liberté et à la tolérance - oui, les Junien, Deneuve, Millet, Losfeld, etc. - , et se font copieusement rappeler à l’ordre, voire cracher dessus, par diverses féministes, qui depuis lors se répandent dans les télés, radios, journaux, outrées d’avoir lu que nous sommes tous (je ne pratique pas l’écriture inclusive) de grandes filles et de grands garçons et que c’est à l’être toujours davantage qu’on doit appeler et travailler, plutôt que d’exciter vertueusement au conflit en voyant partout et en tout instant rôder autour de nos personnes des agresseurs et des porcs.

Personnellement, c’est « Balancetonporc » qui m’est resté en travers du gosier, par son outrance, son mépris verbal et son appel à la délation. Et le « Metoo » faisait un peu assonance avec Nitouche. Ces considérations sur le vocabulaire ne m’empêchent nullement de considérer le viol comme un crime et les violeurs de femmes, d’hommes et d’enfants comme absolument punissables. Mais tout le monde n’est pas dans ce cas, je refuse de vivre dans un champ de bataille et de méfiance, et c’est cela que disent les Millet et autres signataires. Cool, Raoul. Les hommes et les femmes - ces êtres humains - , je les aime beaucoup, avec eux, j’aime à avoir des rapports (oh) de tous ordres, ils m’intéressent. Point.

Censure féministe ?

Le point ci-dessus n’est pas final : j’ajoute quelques mots, dans la foulée, au sujet de Leo Muscato qui croit rétablir la justice et la morale sur la scène de l’opéra à Florence en faisant tuer Don José par Carmen, « pour qu’on cesse d’applaudir à la mort d’une femme ». Je me demande ce que cet homme, ce metteur en scène, a compris au livret de Mérimée et Bizet qu’il se permet de bousiller ? À quand les gros traits noirs dans Shakespeare, Balzac, ou Racine ? Et des km de drap pour cacher les tableaux dans les musées ?

Leo Muscato n’-a-t-il pas lu, entendu et vu :
- que Carmen a depuis longtemps - en fait, depuis l’acte I - tué toute vie en Don José, vidé de sa substance par sa passion pour elle ?
- qu’elle est depuis longtemps une femme libre et tout-à-fait intéressante par cela même ?
Comment faire crier à un mort « Vous pouvez m’arrêter, c’est moi qui l’ai tuée » ? Oui, il y a un « e » à « tuée », ce sont les dernières paroles du livret, prononcées forcément par Don José, mais oups !, Muscato vient de le faire tomber mort, tué par Carmen. Heureusement, à la première, le pistolet de théâtre a été plus intelligent que le metteur en scène : il s’est enrayé, il n’a pas fait poum, il a refusé de marcher, ah ah ah.

« Ah ah ah » aussi en lisant dans Le Monde du 11/1/18 les propos indignés de Michelle Perrot à l’égard des signataires de la Tribune précitée : la connaissant depuis longtemps, j’attendais mieux d’elle que le rôle de la douloureuse grande-prêtresse des femmes victimes, s’adressant à quelques gourgandines dévoyées, dont je suis tout-à-fait solidaire et dont je fais partie.

Carmen

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