The Imitation Game Un film de Morten Tyldum, 2014

J’avais beau savoir grosso modo le sujet du film, l’histoire du déchiffrement du code Enigma, par lequel les dirigeants allemands, pendant la Deuxième guerre mondiale, communiquaient leurs projets militaires à leurs états-majors au jour le jour, je suis restée captivée de la première à la dernière minute de The Imitation Game.

Le monde de l’espionnage, à lui seul, est toujours fascinant, les secrets, toujours gardés, toujours violés, souvent mortels, mettent en scène un monde de relations violentes et feutrées où la norme est régie par la coexistence de la fidélité et la trahison les plus absolues.

On sait qu’Alan Turing (1912-1954), mathémticien de génie, a percé ce code pour le compte des services de renseignements anglais, tout en s’appuyant et en développant ses travaux sur l’intelligence artificielle, qui l’occupaient à Cambridge depuis 1936.
Turing est incarné par Benedict Cumberbatch d’une façon profonde, avec son aspect à la fois lisse, troublé, timide et cassant. Incarnation des mystères de la vie de cet homme. Lui, il est stupéfiant, tous les autres acteurs sont excellents.
Sur le plan strictement filmique, le film s’articule sur un flash back à trois pointes, les années de la Guerre (1939-1943 essentiellement), l’une des années de collège de Turing (1928) et les années 1951-1954, où Turing entre dans le collimateur de la police des mœurs et de la justice.
La musique est efficace, inquiète, rapide, et le piano interrogateur et romantique.
Les images sont fidèles aux images filmiques de cette époque devenue lointaine, plans et cadrages très classiques, reconstitution à peu près fidèle aux mythes des époques évoquées, mode, coiffures, voitures, abris, vélos. Quelques fragments d’actualités des années de guerre sont inclus, têtes des dirigeants, bombardements, torpillages etc.
Turing, lui, est hors mode, hors temps, dans ses calculs et avec ses machines. Au milieu d’une petite équipe, il fait relativement bande à part.

La vie de Turing, forcément incomplète, est donc fortement éclairée dans le film par ces réflexions très vastes sur la condition humaine, et sans doute sous-éclairéee par rapport à ses recherches proprement dites. Morten Tyldum n’a pas réalisé un film scientifique, mais un film de réflexions sur les mœurs de différents milieux, profond, touchant et, en même termps, extrêmement retenu et discret.

The Imitation Game réussit, tout en étant captivant, à exposer la plupart des grands problèmes de ce monde. Et à les donner à penser.
- les guerres, les dommages, les morts, les destructions
- les reponsabilités des commandements et les choix opérés qui mettent en jeu la vie et la mort des individus
- les rapports entre les sexes au milieu du XXe siècle pris dans le moule des mœurs conservatrices et étouffantes ( pour les hommes et pour les femmes)
- les effroyables effets des lois anglaises contre l’homosexualité

C’est enfin un film sur le langage, évidemment, pas seulement codé ou chiffré, mais quotidien, et, notamment, les non dits, les sous-entendus, les sens devinés, ou les incompréhensions. J’ai beaucoup aimé l’un des passages où le jeune Turing fait le rapprochement entre le langage chiffré et le langage quotidien : dans celui-ci, chacun s’exprime approximativement, avec les mêmes mots certes, mais éclairés par ses propres clés, par sa propre compréhension du monde, ses peurs, ses maladresses, ses espoirs, et l’interlocuteur comprend ce qu’il peut de ces sonorités connues mais piégées, à parti de sa propre organisation, de son propre code.