L’Embarquement pour Cythère 55

  • Par Hélène Puiseux

55. Blanc purée

À la télé, il y a des années, quand j’étais très petit, une Bête en costume Louis XIII s’attristait à sa table. Survient une princesse, regardez, la Bête, cette purée que je vous ai préparée avec amour, et la purée Mousseline opère, le Prince et la Princesse valsent devant la cheminée, mais ici non, rien ne se transforme, je ne joue plus, Iphigénie est une pièce pleine de devoirs. Je dis adieu aux Comédiens d’Argenteuil, quitte à faire pleurer Camille

Mais enfin, il faut JOUER, crie Camille. Jouer à quoi ? Au docteur ? On a déjà joué au docteur ? Au chef de gare ? À la guerre ? Les mots sont bien polysémiques, comme on dirait si on voulait être sérieux, tous ces petits personnages qu’ils abritent, et qui se mettent à courir comme des insectes fous dans la pièce pour aller se regarder dans la glace. Ou pour courir au congélateur et s’y dissimuler jusqu’à ce que la porte s’ouvre, ouverte par Lili surchargée de paquets et à la figure de laquelle saute un petit Achille en plastique gris : elle lâcherait tous ses paquets, et Achille, au nom de Ménélas, se mettrait à tuer Pâris et à le découper en tous sens, pour le jeter dans la mer, sous les yeux d’Hélène et sous les palmiers.

La glace du jardin d’hiver se fendille et s’étoile sous les pieds menus des souvenirs et des futurs, à ton choix.

Post-scriptum

(À suivre)