L’Embarquement pour Cythère 26

  • Par Hélène Puiseux

26. Le fragment de lettre de Papa

Le saut du rocher, Ludwig Ferdinand Schnorr von Carolsfeld

Photo HP, Exposition De l'Allemagne, Louvre 2013,Museum Georg Schäfer

« 2/ parce qu’enfin quand on aime, il n’y a plus de place au-dedans de soi, il n’y a plus de place que pour l’autre. L’immensité qu’Elle représente et qui s’étend en vous, vous fait alors, mais alors seulement, prendre conscience de l’immensité que l’on est, que l’on est devenu. L’immensité offerte qui se découvre et que l’on tend vers l’autre, lorsque l’on tombe amoureux. Immensité offerte et dérisoire lorsqu’on n’est pas aimé et que ces espaces perdent tout sens, se fanent autour de soi, corps tombé, refusé. Immensité sonore, sans limite, lorsqu’on est aimé, amoureux, debout et désiré, enfin dépossédé, nu, étranger à soi, inconnu, surpris, surprenant, hors de soi, tout occupé ailleurs, dans l’immense territoire de l’autre. Comme on s’aimerait si on prenait le temps de se regarder, vaincu et dévasté par la reddition de la reine, de celle que l’on a nommé reine, comme on serait séduit par ce labyrinthe, cette architecture, cet espace ouvert aux mille alcôves, trouvé suffisamment beau et attirant par elle pour qu’elle ait désiré s’y perdre, et que vous-même parcourez les cieux et la terre de la reine, à leur tour rendus à vous, vous investi, éperdu, infini dans la double offrande de ce Nouveau Monde. »

Post-scriptum

(À suivre)